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MéthaLAE… ou la méthanisation : levier pour l’agroécologie ?

Le pro­jet nation­al Métha­LAE, mené de 2015 à 2018, a pour objec­tif de mon­tr­er dans quelles con­di­tions la méthani­sa­tion peut être un facil­i­ta­teur du pas­sage vers l’agroécologie. Il abor­de des ques­tions envi­ron­nemen­tales et socié­tales qui se posent aujourd’hui de plus en plus vive­ment avec le développe­ment de la filière.

Plusieurs parte­naires tra­vail­lent ensem­ble depuis de nom­breuses années dans l’accompagnement du développe­ment de la fil­ière méthani­sa­tion en France. Il y a entre autres l’association Sola­gro, le réseau des cham­bres d’agriculture et en par­ti­c­uli­er celles des Pays de la Loire et de Haute-Loire, le cen­tre d’expertise Cer­france, l’EPL du Périg­ord, etc. C’est le cas aus­si de l’agence régionale AILE (Asso­ci­a­tion d’initiatives locales pour l’énergie et l’environnement), créée dans le cadre du pro­gramme SAVE par l’ADEME Bre­tagne et les coopéra­tives d’utilisation de matériel agri­cole de l’Ouest. « En 2006, la mise en œuvre du con­trat d’obligation d’achat de l’électricité pro­duite par des unités de méthani­sa­tion a mar­qué le démar­rage de cette fil­ière, rap­pelle Armelle Dami­ano, direc­trice de l’association AILE et respon­s­able du secteur biogaz. Nous avons alors été sol­lic­ités par les agricul­teurs por­teurs de pro­jets qui ne savaient pas vers qui se tourn­er. Il fal­lait les accom­pa­g­n­er afin que cha­cun puisse bâtir son pro­jet de la façon la plus cohérente pos­si­ble. » Aujourd’hui, l’association a un rôle d’expertise et réalise de la veille, de l’expérimentation, des bilans de fonc­tion­nement des unités en ser­vice, et pro­pose aus­si des formations.
 
« En 2014, tous ces parte­naires ont réal­isé qu’il y avait une per­spec­tive de développe­ment impor­tante de cette fil­ière. Ils ont fait le con­stat d’un gise­ment très majori­taire­ment lié à la pro­duc­tion agri­cole (avec les efflu­ents d’élevage ou les résidus végé­taux) qui serait la prin­ci­pale ressource du développe­ment de la méthani­sa­tion en France. De ce fait, il fal­lait com­mencer à se pos­er beau­coup de ques­tions sans for­cé­ment répon­dre exhaus­tive­ment à toutes. L’objectif final du pro­gramme parte­nar­i­al Métha­LAE est plutôt de savoir quels sont les impacts agronomiques, tech­niques, socio-économiques et envi­ron­nemen­taux con­statés lorsqu’une exploita­tion s’engage dans la méthani­sa­tion. » « L’idée du pro­gramme est née égale­ment du con­stat que cer­taines exploita­tions agri­coles déjà engagées dans des unités de méthani­sa­tion avaient ten­dance à faire évoluer leurs pra­tiques agronomiques vers l’agroécologie, pré­cise Céline Laboubée, chargée d’études bioén­er­gies chez Sola­gro qui coor­donne ce pro­gramme. Nous avons donc cher­ché à savoir si cette tran­si­tion était facil­itée grâce à l’outil méthanisation. »
 
Trois années d’enquête avant… et après !
 
La méthodolo­gie du pro­gramme, pilotée par l’association nationale de développe­ment agri­cole et rur­al Trame, s’ancre sur des enquêtes de ter­rain et est basée sur des retours d’expérience. Ce sont ain­si 46 exploita­tions agri­coles français­es, dont qua­tre attachées à des lycées, toutes engagées dans 23 unités de méthani­sa­tion indi­vidu­elles, col­lec­tives ou ter­ri­to­ri­ales, qui ont été inter­rogées sur l’évolution de leur pra­tique agronomique avant et après mise en place de l’unité de méthani­sa­tion. Les enquêtes ont été réal­isées sur trois années. La pre­mière année a servi de référence avant méthani­sa­tion, puis les deux autres années, après méthani­sa­tion en 2015 et 2016, ont con­sti­tué un point de com­para­i­son pour mesur­er les évo­lu­tions con­statées. Les nom­breuses don­nées recueil­lies ont été très qual­i­ta­tives, avec beau­coup de ques­tions ouvertes comme « Quels sont les impacts posi­tifs de votre pro­jet sur votre exploita­tion agri­cole, sur votre stratégie de trans­mis­sion, sur l’environnement et le voisi­nage ? », etc. « Et si c’était à refaire ? » a été la ques­tion pour laque­lle le plus de répons­es var­iées ont été recueil­lies, avec un « oui, mais » qua­si unanime pour expli­quer que les exploita­tions agri­coles auraient peut-être con­stru­it leur pro­jet dif­férem­ment. Par­mi ceux qui ont instal­lé leur unité de méthani­sa­tion directe­ment chez eux et ont depuis aug­men­té sa capac­ité, il y a le regret de ne pas avoir com­mencé « plus gros ». Pour les gros col­lec­tifs « pio­nniers » qui ont pu con­naître des dif­fi­cultés de fonc­tion­nement ou d’organisation, la réponse est inverse. Ils auraient préféré débuter avec un pro­jet moins important !
 
Flo­ri­an Lafoux, chargé d’études méthani­sa­tion à l’association AILE, s’est chargé de la vul­gar­i­sa­tion et de la val­ori­sa­tion des résul­tats du pro­gramme Métha­LAE afin d’en tir­er des enseigne­ments sur des bases solides. Cet ingénieur tient à pré­cis­er que toutes les enquêtes qui ont été réal­isées et les résul­tats pro­duits dans Métha­LAE con­cer­nent spé­ci­fique­ment l’évolution observée dans l’exploitation agri­cole, donc tout ce qui entre dans le périmètre de la ferme et qui en sort en énergie, à ne pas con­fon­dre avec les entrées et sor­ties du méthaniseur. « Le bilan, c’est la dif­férence entre ce qui est pro­duit par rap­port à ce qui est con­som­mé dans l’exploitation. Cepen­dant, il con­vient de rester pru­dent sur l’interprétation des résul­tats et les enseigne­ments en ter­mes d’évolutions, du fait que chaque ferme vit dans un con­texte local dif­férent, dans une con­jonc­ture agri­cole très fluc­tu­ante, avec un coût des matières pre­mières et des intrants qui varie beaucoup. »
 
Des per­son­nes épanouies dans leur nou­velle activité
 
D’un point de vue soci­ologique, le pro­gramme Métha­LAE a per­mis de con­stater que les per­son­nes qui sont dev­enues méthaniseurs se sont glob­ale­ment plutôt épanouies dans cette nou­velle activ­ité, même si leur nou­veau méti­er est pointu, dif­fi­cile et très divers, et si cer­tains ont pu con­naître des moments de doute et/ou des phas­es dif­fi­ciles à sur­mon­ter. La plu­part ont suivi des for­ma­tions pour acquérir de nou­velles com­pé­tences et beau­coup sont « piqués par le virus de la curiosité » au moment où ils met­tent le doigt dans la méthani­sa­tion. Lorsque le méthaniseur est le gérant de la ferme, il y a du temps sup­plé­men­taire à prévoir et il délègue sou­vent ou embauche pour se faire rem­plac­er et pou­voir se con­cen­tr­er sur sa nou­velle activ­ité. Les pro­jets col­lec­tifs sont sou­vent portés par une ou deux per­son­nes leader(s) du groupe qui se retrou­ve, dans la plu­part des cas, à devoir gér­er à temps à temps plein l’unité de méthani­sa­tion et son développe­ment. « Beau­coup investis­sent en temps et en com­pé­tence, observe Armelle Dami­ano, et ne sont presque plus “exploitants agri­coles”, sans que ce terme soit péjo­ratif ! Inverse­ment, des “exploitants agri­coles” sim­ple­ment engagés dans un méthaniseur col­lec­tif sans en avoir de respon­s­abil­ité ont non seule­ment “gag­né du temps”, mais aus­si réduit cer­tains investisse­ments dans le stock­age des efflu­ents puisque leur ges­tion est désor­mais sou­vent déléguée à la méthani­sa­tion. » Ces pra­tiques de fer­til­i­sa­tion repen­sées et opti­misées ont apporté une plus-val­ue et une sou­p­lesse dans l’organisation du tra­vail de cer­taines exploita­tions. Sur le plan envi­ron­nemen­tal, la méthani­sa­tion per­met une meilleure accept­abil­ité de cer­taines pra­tiques agri­coles vis-à-vis des tiers, de plus en plus exigeants. Beau­coup y trou­vent plus de tran­quil­lité lors du proces­sus d’épandage qui dure moins longtemps et génère moins d’odeurs.

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