Mathieu Laurent, qui dirige la ferme du Pichet dans les Vosges, est agriculteur mais pas seulement. En tant que président de Méthavair, une société de méthanisation établie à Mandres-sur-Vair, il est également impliqué dans la production d’électricité, de chaleur et de bioGNV. Cette diversification de ses activités, grâce à la méthanisation, apporte un nouvel élan économique à son exploitation.
Comment vous êtes-vous lancé dans la méthanisation ?
Mathieu Laurent. Nous étions des agriculteurs pratiquant la polyculture, l’élevage et cherchant des moyens de diversification. Nous avons alors décidé de former un petit groupe composé de 6 à 7 agriculteurs plus une société spécialisée dans le compostage. La méthanisation s’est imposée naturellement, car elle commençait à se développer dans notre région. Nous avons donc entrepris des recherches, suivi une formation avec la Chambre d’agriculture et effectué des visites guidées. En janvier 2018, nous avons lancé le projet.
Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?
Cette diversification de notre activité grâce à la méthanisation a eu un impact significatif sur notre exploitation. Tout d’abord, elle a contribué au développement de la ferme, nous procurant ainsi un revenu supplémentaire. Nous avons pu embaucher du personnel pour alléger notre charge de travail. Puis nous avons accueilli un nouvel associé et avons réussi à obtenir la certification bio. Nous avons également investi dans la mobilité bioGNV en ouvrant deux stations, l’une est opérationnelle depuis un an et demi, et la seconde sera mise en service en avril prochain.
Pourquoi investir dans une station bioGNV ?
Notre partenariat avec une société spécialisée dans le compostage et la collecte de biodéchets a été un élément crucial. Ensemble, nous avons développé un déconditionneur de biodéchets, ce qui nous permet de collecter des déchets alimentaires provenant de cantines, supermarchés, industries agroalimentaires, etc. Pour se démarquer dans un marché concurrentiel face à de grosses sociétés, il faut innover. Notre entreprise étant familiale, cela constitue déjà un avantage distinctif. De plus, afin de se démarquer dans les appels d’offres publics, nous avons opté pour le bioGNV. Cela nous a permis de remporter des marchés. Ainsi, la boucle est bouclée : nous parvenons à valoriser les biodéchets sur nos champs, et les camions de collecte roulent grâce à ces mêmes déchets alimentaires. C’est une véritable économie circulaire.
Qui a accès à votre station ?
Notre station est ouverte au public, particuliers, artisans et transporteurs locaux et non locaux, très accessible de par notre situation le long de l’A31. Sur l’exploitation, nous utilisons exclusivement ce carburant produit localement pour l’ensemble de notre flotte de véhicules d’entreprise, fourgonnettes et poids lourds. Nous disposons également d’un tracteur fonctionnant au gaz. Face à une demande croissante, nous avons pris la décision d’ouvrir une seconde station, cette fois-ci intégrée au réseau.
Comment envisagez-vous le futur ?
L’ouverture de la seconde station répond à la demande des transporteurs et industriels locaux désireux de décarboner leurs activités, pour lesquelles il n’existe actuellement aucune solution viable. Dans nos régions, ce sont souvent les acteurs locaux qui doivent prendre l’initiative. Cela nous offre également une sécurité supplémentaire, car en cas de panne de notre première station, nos camions ne pourraient plus fonctionner. Ainsi, il s’agit là d’un point crucial pour notre développement.
De plus, nous envisageons d’élargir notre activité dans le domaine de la méthanisation. En effet, nous disposons d’une quantité considérable de biodéchets : sur les 15 000 tonnes produits par an, nous n’en utilisons que 5 000. Le reste est traité par d’autres méthaniseurs de la région. Notre objectif est donc de valoriser davantage ces déchets, peut-être en biogaz porté, mais nous étudions encore les différentes possibilités. Nous sommes également en train de mettre en place sur notre ferme une fromagerie qui fonctionnera également grâce au gaz issu de la méthanisation.


























