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Le biomimétisme : vers une innovation durable inspirée du vivant

La nature, après 3,8 milliards d’années d’expérimentation, recèle des stratégies d’adaptation, de résilience et d’efficacité que l’homme commence à peine à décoder et à appliquer. C’est sur cette promesse que se fonde le biomimétisme — démarche transversale mêlant biologie, ingénierie, design, science des matériaux — pour imaginer des solutions innovantes durables.

L’État français, via France Stratégie, s’est engagé en 2019 dans une réflexion prospective : organiser une journée de travail dédiée au biomimétisme pour définir ses leviers de développement et ses perspectives pour la France. Cette initiative, soutenue par Ceebios et Myceco, avait pour ambition de rassembler chercheurs, industriels, pouvoirs publics et designers autour d’un partage de visions et d’un atelier d’idéation pour tracer un chemin d’avenir commun.

Enjeux, atouts et défis

Le biomimétisme ne se réduit pas à une métaphore poétique : il est une réponse concrète aux défis écologiques et sociétaux de notre temps (épuisement des ressources, dérèglement climatique, perte de biodiversité). Il peut contribuer à la transition vers des modèles plus soutenables, notamment en enchaînant performance et sobriété, en s’appuyant sur des matériaux recyclables, des procédés moins polluants, ou des architectures économes en énergie.

La France dispose d’atouts importants : une biodiversité remarquable (10 % de la biodiversité mondiale sur son territoire), un capital intellectuel capable, et un patrimoine scientifique solide — autant de “matières premières” pour l’innovation bio-inspirée. Le rapport indique qu’en France, près de 200 équipes de recherche et autant d’industriels ou PME explorent déjà cette voie. 

Cependant, des verrous freinent le développement : absence de définition partagée, manque de standardisation méthodologique, difficultés de passage à l’échelle, reconnaissance limitée dans les politiques publiques ou les financements, etc. Le rapport a identifié cinq grands défis : rendre le biomimétisme industriellement efficace ; garantir son rôle comme levier de conservation de la biodiversité ; favoriser le transfert de la connaissance ; stimuler l’entrepreneuriat ; et accélérer la recherche. 

Les préconisations pour une feuille de route ambitieuse

Pour lever ces freins, les participants à l’atelier ont proposé deux prérequis essentiels :

1. Valider les externalités positives — environnementales et socio-économiques — du biomimétisme (notamment via les analyses de cycle de vie), afin d’éviter les effets d’ombre ou les biais.

2. Mener des études territoriales pour estimer les retombées économiques (emplois, filières, valeur ajoutée). 

Ces prérequis s’articulent à cinq grandes préconisations :

• Formaliser les concepts et outils : établir des méthodes, normes et un langage commun pour les praticiens.

• Fédérer l’écosystème via une plateforme physique (lieu d’expérimentation, de partage, de formation).

• Intégrer le biomimétisme dans les politiques publiques existantes (recherche, innovation, soutiens financiers).

• Créer un système éducatif dédié, pluridisciplinaire, aux cursus renouvelés.

• Sensibiliser largement, du grand public aux décideurs, pour faire connaître les opportunités du biomimétisme.

Le rapport souligne que le biomimétisme pourrait répondre à 10 des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU. Des exemples concrets montrent déjà comment certaines entreprises ou laboratoires explorent ces idées : filtration inspirée du mucus de méduses, membranes condensant la vapeur d’eau imitant un coléoptère désertique, dispositifs médicaux inspirés de la trompe du moustique, etc.

Une ambition stratégique pour demain

Pour que la France se taille une place de premier plan sur l’innovation « vivante », le biomimétisme doit sortir du statut d’angle mort de la R&D pour devenir un pilier structurant de la transition écologique. Le rapport appelle à une feuille de route nationale, soutenue par l’État et les territoires, qui fasse du biomimétisme un vecteur de souveraineté scientifique, industrielle et écologique.

Dans un monde qui exige de plus en plus un rééquilibrage entre l’humain et son environnement, c’est sans doute dans le vivant — non comme simple source d’inspiration, mais comme matrice de solutions — que se forge l’innovation de demain. À condition de rassembler, structurer et accompagner ce potentiel.

Source : Biomimétisme, quels leviers de développement & quelles perspectives pour la France ?, Restitution de la journée de travail France Stratégie, 2019. 

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