Changer de vie à 41 ans pour bâtir un projet à contre-courant : en 2005, le pari de Xavier Mennesson a tout d’une aventure improbable. Après quinze années dans l’industrie phytosanitaire, cet entrepreneur picard décide de tourner la page pour se consacrer à une vision personnelle du tourisme, plus respectueuse de l’environnement et profondément ancrée dans son territoire.
Son idée : créer, en Baie de Somme, un domaine de maisons de vacances en bois sur pilotis, loin des standards bétonnés du littoral. À l’époque, le projet intrigue, parfois amuse. Lui-même reconnaît être parti avec peu d’atouts : aucune expérience dans le tourisme, des moyens limités et un terrain entièrement à aménager. Mais la conviction est là.
Un projet de vie guidé par le sens
Le Domaine du Val ouvre finalement ses portes en mai 2005. Très vite, le projet dépasse le simple cadre touristique pour s’inscrire dans une démarche globale, mêlant environnement, social et économie. Bien avant que la RSE ne s’impose comme une référence, Xavier Mennesson en fait un fil conducteur.
Potager biologique, production d’énergie renouvelable, valorisation des déchets, implication des équipes… les initiatives s’enchaînent et dessinent un modèle cohérent. En 2013, le domaine devient la première résidence de tourisme en France à obtenir le label RSE Lucie, structurant ainsi une démarche déjà bien engagée.
Cet engagement puise aussi dans une histoire personnelle. Sa mère, pionnière du bio dans les années 1970, a profondément marqué son rapport au monde. À travers le Domaine du Val, Xavier Mennesson prolonge cet héritage, entre convictions écologiques et volonté de transmission.
Une réserve naturelle comme aboutissement
Vingt ans après sa création, le Domaine du Val franchit une nouvelle étape avec un projet d’envergure : la création d’une réserve naturelle de plus de 25 hectares. Lancée en 2024, à la suite du rachat d’un ancien golf à l’abandon, cette initiative s’inscrit comme une extension naturelle de la philosophie du lieu.
L’objectif est double : restaurer un espace riche mais délaissé, et offrir aux visiteurs une expérience immersive au cœur de la biodiversité. Rapidement, les premières observations confirment le potentiel du site. Le diagnostic écologique met en évidence une diversité remarquable avec 19 habitats naturels et plus de 200 espèces végétales recensées, dont certaines rares et protégées.
Côté faune, la réserve accueille une cinquantaine d’espèces d’oiseaux, parmi lesquelles plusieurs espèces en déclin en France, ainsi que des insectes sensibles caractéristiques des milieux humides. Un patrimoine naturel d’autant plus précieux qu’il s’inscrit dans un contexte de raréfaction des écosystèmes.
Pensée comme un lieu vivant, la réserve ne se limite pas à la préservation. Un parcours de découverte, déjà accessible aux résidents, permet d’explorer les différents milieux. À terme, le site intégrera des supports pédagogiques, une scénographie et même une dimension artistique, pour sensibiliser les visiteurs aux enjeux écologiques.
Le développement se veut progressif et maîtrisé. Pâturage extensif, gestion différenciée des espaces, limitation de l’intervention humaine : chaque décision vise à préserver l’équilibre fragile du site. L’enjeu est clair : ouvrir sans dégrader, transmettre sans altérer.
Pour Xavier Mennesson, cette réserve représente bien plus qu’un projet supplémentaire. Elle incarne l’aboutissement d’un parcours et une forme de retour aux sources. « Rendre à la nature ce qu’elle m’a donné », résume-t-il.
Transmettre sans renoncer
À 62 ans, l’entrepreneur commence à envisager la suite. Son fils Hugues devrait reprendre progressivement les rênes du domaine dans les prochaines années. Une transition délicate pour celui qui a consacré près de deux décennies à ce projet.
L’avenir reste encore à écrire, mais une chose semble acquise : le Domaine du Val continuera d’évoluer dans la fidélité à ses valeurs fondatrices. Celles d’un tourisme plus responsable, plus humain, et résolument tourné vers le long terme.


























