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Économie verte et bleue : les tendances du bioplastique

Les détri­tus en plas­tique qui flot­tent à la sur­face des océans sont devenus un sujet d’informations récur­rent. Des images d’une véri­ta­ble vague de déchets en plas­tique se brisant sur les côtes d’Haïti ont par ailleurs récem­ment fait la une de nom­breux jour­naux télévisés à tra­vers le monde. Cela fait dix ans que les insti­tu­tions européennes appuient des études et encour­a­gent un débat sur l’avenir de notre util­i­sa­tion de plas­tiques en Europe. Ces efforts se sont notam­ment con­cen­trés sur la régle­men­ta­tion – par un impôt – de l’utilisation de plas­tiques pour l’emballage, et par des ten­ta­tives de lim­iter la pro­duc­tion de plas­tiques non biodégrad­ables. En matière de lim­i­ta­tion de la pro­duc­tion, un débat poli­tique au sein de l’Union européenne a mis au jour une dif­férence très nette entre ceux qui sont con­va­in­cus qu’il faut se con­cen­tr­er sur une poli­tique de recy­clage des plas­tiques exis­tants, et ceux qui com­pren­nent que, en plus de cela, l’utilisation de matières pre­mières biologiques et la pro­duc­tion de plas­tiques biodégrad­ables doivent être favorisées.

Le Por­tu­gal, suiv­ant de près des ini­tia­tives français­es, a été l’un des pio­nniers en matière d’imposition fis­cale sur les plas­tiques non biodégrad­ables et non biologiques. Toute­fois, le pays pour­rait faire encore plus et défendre plus active­ment des poli­tiques qui, tout en rel­e­vant de nom­breux défis et en cher­chant à prof­iter des oppor­tu­nités per­mis­es par l’évolution de la sci­ence et de la tech­nolo­gie, lui per­me­t­traient de devenir un véri­ta­ble chef de file en matière d’utilisation pro­duc­tive des ressources dont il dis­pose dans ce secteur. Si le Por­tu­gal ne peut jouer qu’un rôle lim­ité sur la ques­tion du rejet de déchets en plas­tique dans les océans (en tant que pays dans lequel la pro­duc­tion et l’utilisation de plas­tiques sont elles-mêmes rel­a­tive­ment lim­itées), il peut et doit au con­traire assumer un rôle impor­tant au sein d’initiatives con­cer­nant la récupéra­tion de déchets et leur recy­clage pour réu­til­i­sa­tion. Des ini­tia­tives actives dans ce domaine pour­raient servir à aug­menter les sources de revenus des pêcheurs, à encour­ager une meilleure util­i­sa­tion des zones por­tu­aires disponibles et à ren­forcer les liens et les inter­dépen­dances entre indus­tries de la mer et indus­tries traditionnelles.

Cela dit, le véri­ta­ble poten­tiel, tou­jours inex­ploité, est celui des ressources marines pour la pro­duc­tion de bio­plas­tiques : cer­tains matéri­aux inno­vants, d’origine végé­tale (algues et microalgues), con­stituent une source poten­tielle et très pré­cieuse d’amidons et d’autres com­posés organiques. Ceux-ci, grâce à des méth­odes de traite­ment et de trans­for­ma­tion déjà employées pour d’autres formes de raf­fi­nage de bio­masse (la canne à sucre, par exem­ple), peu­vent devenir des matières pre­mières pour la fab­ri­ca­tion de plas­tiques de qual­ité d’origine biologique et donc biodégrad­ables. Mais les efforts du Brésil, par exem­ple, pour pro­duire des matéri­aux d’emballage en bio­plas­tique (la plus grande entre­prise de pro­duits chim­iques du pays a con­stru­it une méga-usine pour la pro­duc­tion de bio­plas­tiques « I’m Green » dérivés de la canne à sucre) sont ren­dus totale­ment inutiles par les énormes besoins en eau douce et en ter­res arables que requièrent les plan­ta­tions de canne à sucre four­nissant la matière pre­mière. La pro­duc­tion de bio­plas­tiques à par­tir d’algues ne néces­site, bien au con­traire, ni ter­res arables, ni eau douce. Les tech­nolo­gies per­me­t­tant leur pro­duc­tion de masse sont déjà disponibles, et des entre­pris­es por­tu­gais­es de haute tech­nolo­gie ont par ailleurs joué un rôle impor­tant lors de leur élab­o­ra­tion au sein de con­sor­tiums de recherche et de développe­ment financés par l’Union européenne. En tis­sant des liens entre l’économie de la mer et le secteur indus­triel tra­di­tion­nel, la pro­duc­tion de bio­plas­tiques d’origine marine pour­rait devenir une oppor­tu­nité d’une impor­tance et d’un impact absol­u­ment stratégiques pour le Portugal.

Et qui sait si, dans quelques années, une nou­velle mar­que déposée de matéri­aux d’emballage créés à par­tir de bio­plas­tiques d’origine marine ne fera pas sur­face au Por­tu­gal, en tant que pro­duit de la nou­velle économie « bleue » ?

À propos de l'auteur

Manuel Gil Antunes

Manuel Gil Antunes

Membre du conseil d’administration de A4F – Algae for Future.

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