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Économie circulaire : quand le déchet devient une nouvelle ressource

Comparing circular and linear economy showing product life cycle. Natural resources are taken to manufacturing. After usage product is recycled or dumped. Vector illustration on white background. Waste recycling management concept.

Le pro­jet de loi « anti-gaspillage pour une économie cir­cu­laire » a été exam­iné au Sénat le 13 sep­tem­bre. Ce sys­tème vertueux d’économie cir­cu­laire per­met de réu­tilis­er des biens con­som­més dans d’autres proces­sus de pro­duc­tion. L’objectif : ne rien per­dre. Dans ce con­texte, les déchets ont une place par­ti­c­ulière, car ils devi­en­nent une ressource à part entière.

L’économie « clas­sique » a vécu. Le mod­èle linéaire « from cra­dle to grave » (« du berceau à la tombe ») c’est-à-dire « fab­ri­quer, con­som­mer, jeter » est à bout de souf­fle. C’est en sub­stance ce que rap­pelait Brune Poir­son, secré­taire d’État auprès du min­istre d’État, min­istre de la Tran­si­tion écologique et sol­idaire, en 2017, lors des Assis­es des déchets. Elle ajoutait : « Le mod­èle linéaire n’est plus sup­port­able ni pour la planète, puisqu’il se heurte fatale­ment à l’épuisement des ressources, ni pour notre société en rai­son de la sur­pro­duc­tion de déchets. […] L’économie cir­cu­laire est le meilleur exem­ple pos­si­ble de réc­on­cil­i­a­tion entre l’économie et l’écologie. »

Tran­si­tion

Ce change­ment de par­a­digme appa­raît avec le sys­tème dit du déchet-ressource. Le déchet devient une matière pre­mière recy­clée, mais aus­si une source d’énergie. Une nou­velle indus­trie est en train d’émerger pour men­er cette véri­ta­ble « révolution ».

La réc­on­cil­i­a­tion de l’économie et de l’écologie est en réal­ité le cœur de cette économie qui pro­pose in fine un nou­veau mod­èle envi­ron­nemen­tal et économique. La loi de tran­si­tion énergé­tique pour la crois­sance verte ori­ente d’ailleurs la stratégie française de développe­ment durable. L’économie cir­cu­laire per­me­t­trait de réduire les émis­sions de CO2 de 66 % par rap­port au mod­èle économique actuel. Il faut dire qu’il y a urgence. L’épuisement des ressources, les change­ments cli­ma­tiques, la pro­tec­tion des écosys­tèmes et de la bio­di­ver­sité, mais aus­si les risques liés à ces boule­verse­ments sont autant d’enjeux cap­i­taux pour nos sociétés occi­den­tales. Non seule­ment le change­ment de mod­èle est en cours, mais il est une chance qui offre de mul­ti­ples oppor­tu­nités économiques grâce aux ini­tia­tives d’industriels, d’entreprises ou de citoyens.

Dans les ter­ri­toires ou les cen­tres urbains, les indus­triels et les entre­pris­es se sont déjà emparés de ce dossier urgent. Des ini­tia­tives exis­tent : par exem­ple, l’utilisation de matières recy­clées et la pro­duc­tion d’énergie générée par des inc­inéra­teurs. Les objec­tifs fixés par la France doivent per­me­t­tre de réduire con­sid­érable­ment l’enfouissement des déchets. C’est l’ensemble des out­ils indus­triels qui est en train de s’adapter à cette nou­velle donne.

Dans ce con­texte d’économie cir­cu­laire et de ges­tion des déchets, l’innovation tient une place cen­trale. C’est par elle que passe ce change­ment de mod­èle pour les indus­triels, les pro­fes­sion­nels, mais aus­si les col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales et même les particuliers.

La ges­tion des déchets

Une meilleure ges­tion des déchets implique d’en faire de véri­ta­bles ressources, en matières recy­clées, mais aus­si en énergie. L’objectif est de met­tre le déchet au cœur de l’économie circulaire.

La France a fixé le cal­en­dri­er : à l’horizon 2020, 55 % des matières devront être val­orisées et 23 % de l’énergie sera renou­ve­lable. En 2025, le stock­age des déchets (la France pro­duit 345 mil­lions de tonnes de déchets par an) sera réduit de moitié. Avec l’économie cir­cu­laire, il est pos­si­ble de recy­cler les déchets, de les val­oris­er pour pro­duire de l’énergie, de la chaleur et de nou­velles matières, le tout en préser­vant les ressources naturelles et en dimin­u­ant dras­tique­ment l’utilisation d’énergies fos­siles. N’oublions pas que l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) a fixé la mobil­ité décar­bonée à 2050.

Pour attein­dre ces objec­tifs ambitieux, en finir avec l’enfouissement, mais aus­si l’exportation des déchets, la France doit se dot­er d’outils per­for­mants et men­er une poli­tique indus­trielle de recy­clage adap­tée. Le secteur énergie dis­pose déjà d’outils indus­triels (inc­inéra­teurs) qui pro­duisent de l’électricité ou de la chaleur. La val­ori­sa­tion des matières doit per­me­t­tre de gér­er au mieux les déchets non recy­clables (« refus de tri ») pour pro­duire du com­bustible solide de récupéra­tion qui se sub­stituera à l’énergie fos­sile. Ce com­bustible offre en out­re l’avantage d’être stockable.

Grâce à des fil­ières indus­trielles com­plé­men­taires et bien inté­grées dans les ter­ri­toires, l’économie cir­cu­laire est mise en œuvre dans des boucles courtes.

Inno­va­tion et inventivité

Pour attein­dre l’objectif de 25 % de réduc­tion de déchets enfouis, la France doit se dot­er d’un out­il indus­triel inno­vant soutenu par des poli­tiques publiques volon­taires et ini­ti­atri­ces de cette économie cir­cu­laire. Pou­voirs publics, indus­triels, col­lec­tiv­ités, tous les acteurs doivent ain­si tra­vailler sur ce nou­veau mod­èle économique.

Pour pass­er du déchet à la ressource, il faut plus de cen­tres de tri, val­oris­er plus forte­ment les refus de tri pour créer des com­bustibles solides de récupéra­tion et innover dans l’outil indus­triel avec des cen­tres de tri haute per­for­mance, le tri optique, et les procédés d’incinération. Cette mod­erni­sa­tion passera par la robo­t­i­sa­tion. Les pro­fes­sion­nels du secteur souhait­ent, à court terme, créer une fil­ière robo­t­isée et numérique pour effectuer du tri intel­li­gent. Il s’agit égale­ment, et en adéqua­tion avec cette mod­erni­sa­tion, d’accompagner les salariés dans les muta­tions des métiers.

En réal­ité, il existe dif­férentes straté­gies selon le secteur d’activité. Au Québec par exem­ple, l’avionneur Pratt & Whit­ney a fait rem­plac­er l’usinage de blocs d’acier par des impres­sions en 3D. Cela per­met de dimin­uer les pertes en matières pre­mières, donc l’extraction des ressources et l’utilisation de com­bustibles fossiles.

La réal­ité des dif­férentes fil­ières sera d’ailleurs prise en con­sid­éra­tion lors de la 15e édi­tion des Assis­es des déchets, qui se tien­dra les 2 et 3 octo­bre 2019 à la Cité des con­grès de Nantes. Y sera notam­ment organ­isé, un « speed-meet­ing de l’innovation » qui per­me­t­tra à des équipes (par­ti­c­uliers, sociétés, du secteur privé ou pub­lic, etc.) de présen­ter leurs réal­i­sa­tions pilotes.

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