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Quand le véhicule électrique devient un moyen de stockage

Gérées intelligemment, les infrastructures de recharge des véhicules électriques pourraient devenir un vecteur incontournable des smart grids. Ces « batteries sur roues » constituent des moyens de stockage mobiles dont le pilotage intelligent peut permettre une meilleure intégration des énergies renouvelables et contribuer à l’équilibre des réseaux d’énergie.

Et si l’arrivée des véhicules électriques constituait une brique fondamentale dans la gestion du réseau électrique ? En effet, une voiture est inutilisée 95 % de son temps de vie et l’utilisation moyenne d’un véhicule électrique nécessite moins de 80 % de la capacité de la batterie pour les trajets quotidiens. Grâce à cette disponibilité quasi permanente, il est possible, pendant les périodes où le véhicule est branché au réseau électrique, d’utiliser l’électricité stockée dans les batteries du véhicule pour l’injecter sur le réseau en période de forte demande ou, inversement, de charger la batterie du véhicule en heures creuses. Il s’agit du concept du « vehicle-to-grid », ou V2G, qui consiste à utiliser les batteries des véhicules électriques comme une capacité de stockage mobile. Autrement dit, la recharge devient flexible et fait participer la voiture électrique à l’équilibre entre offre et demande sur le réseau d’électricité. C’est également le principe du stockage stationnaire, qui consiste à mettre à profit la seconde vie des batteries (usagées et incapables de fournir assez de puissance pour faire rouler un véhicule, mais encore utilisables pour d’autres usages) afin de créer des réserves d’électricité à l’échelle d’une maison ou d’une station de recharge.

Atouts et bémols du smart charging

Le secteur de l’énergie va être prochainement confronté à deux phénomènes coexistants : l’augmentation de la demande d’électricité avec l’essor de la mobilité électrique et le développement des énergies renouvelables. Ces énergies, intermittentes et disséminées aux quatre coins de l’Hexagone, sont plus complexes à contrôler que les filières nucléaire, gaz ou hydraulique. Les gestionnaires de réseaux électriques, dont le rôle est de maintenir à chaque instant l’équilibre entre consommation et production, vont donc se trouver confrontés à une demande plus importante et à une production d’électricité plus fluctuante pour maintenir le réseau fonctionnel. Dans ce contexte, l’arrivée des véhicules électriques, loin d’être une contrainte supplémentaire, pourrait se révéler une opportunité !

Toutefois, certains constructeurs émettent des réserves quant à la mise en œuvre effective de ce système de smart charging. Tout d’abord, ce dispositif d’interaction nécessite une infrastructure bidirectionnelle et communicante. De plus, en multipliant l’usage et le nombre de cycles de charge et décharge de la batterie du véhicule mis à contribution, il pourrait nécessiter un renouvellement anticipé de cet élément clé et coûteux qui représente en général un tiers du prix d’acquisition du véhicule électrique. En pratique, le smart charging peut éviter à l’utilisateur d’un véhicule électrique d’avoir à changer d’abonnement quand ses besoins en électricité augmentent ou de payer son électricité trop cher, voire lui permettrait d’être rémunéré pour avoir participé à l’équilibre du réseau.

Une recharge toujours plus intelligente !

Renault Energy Services développe déjà ce dispositif de recharge intelligente qui équipe ses ZOE. Certains de ses clients en bénéficient déjà aux Pays-Bas et au Portugal depuis fin 2017 avec l’application « Z.E Smart Charge » accessible à tous les utilisateurs de ZOE. Ce dispositif devrait être étendu à sept pays d’Europe, dont la France, d’ici à fin 2019. Via l’interface, l’utilisateur renseigne son heure de départ et le niveau de charge souhaité. L’application exploite les informations transmises par le gestionnaire du réseau d’électricité pour déclencher la recharge au moment où le prix est le plus bas et où l’énergie est la moins carbonée. En période de forte consommation énergétique (entre 20 h et 23 h par exemple), la charge s’arrête pour reprendre un peu plus tard, en milieu de nuit par exemple. C’est le premier niveau de recharge intelligente qui consiste à charger les batteries pendant les heures creuses grâce à un signal tarifaire ou informatique. C’est ce qui se pratique déjà avec les ballons d’eau chaude sanitaire où un signal permet en effet de chauffer l’eau du cumulus en dehors des pointes journalières d’appel de puissance électrique sur le réseau. Grâce à ce décalage de la recharge, on peut par conséquent retarder des consommations d’énergie qui auraient lieu à un instant où les contraintes réseau sont fortes pour privilégier un moment où la disponibilité est plus abondante. L’interopérabilité des données, le rôle des consommateurs et l’optimisation des bornes de recharge rapide seront donc des éléments clés à prendre en considération pour assurer un bon niveau de cohérence entre déploiement de l’électromobilité et besoins d’adaptation du réseau.

Les énergéticiens investissent dans la recharge de véhicules électriques
Les énergéticiens ne s’y trompent pas et investissent désormais dans la mobilité verte en proposant des offres adaptées et avantageuses aux utilisateurs de véhicules électriques. EDF (tarif vert électrique auto) et Engie (Elec’Car) proposent une offre d’électricité d’origine renouvelable, avec un prix du kilowattheure moins cher de 50 % la nuit pour la recharge des véhicules électriques et hybrides, et également avantageux aux heures creuses et le week-end, accessible aux logements équipés du nouveau compteur communicant Linky. La filiale d’EDF Sodetrel, spécialisée dans la mobilité électrique et renommée Izivia en octobre dernier, exploite déjà plus de 200 bornes de charge rapide situées tous les 80 km sur les axes autoroutiers français, mais également plus de 7 000 points de charge pour le compte de ses clients (entreprises, collectivités ou syndicats d’énergie), soit presque un tiers des points de charge disponibles en France.

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