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Réduire l’empreinte énergétique des usages de l’eau : un enjeu technique, politique, social et sécuritaire

Alors que les ques­tions liées à la ges­tion de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture et du cli­mat sont indis­so­cia­bles et recon­nues comme telles, le poids crois­sant des con­som­ma­tions énergé­tiques néces­saires pour mobilis­er, traiter, dis­tribuer l’eau pour ses dif­férents usages remet en cause la sécu­rité énergé­tique de plusieurs régions du monde.

Face à une com­plex­ité crois­sante, les poli­tiques de l’eau s’appuient sur dif­férents con­cepts, à l’image de la ges­tion par bassin, la ges­tion inté­grée, la gou­ver­nance de la ressource, ou encore le Nexus Eau-Énergie-Agri­cul­ture. Le Nexus, dont l’intérêt a été ravivé dans les milieux académiques, insti­tu­tion­nels et privés par la Con­férence de Bonn (1) en 2011, incite à pren­dre en compte et à gér­er con­join­te­ment les enjeux relat­ifs à l’eau, à l’énergie et à la pro­duc­tion ali­men­taire, soulig­nant l’interdépendance des ressources naturelles. À ce trip­tyque s’ajoute une qua­trième dimen­sion désor­mais incon­tourn­able : le cli­mat. En effet, le change­ment cli­ma­tique se réper­cute à la fois sur les caus­es des crises actuelles et à venir (disponi­bil­ité de l’eau, poten­tiel hydroélec­trique, agri­cul­ture…) et sur l’éventail des solu­tions pou­vant être mis­es en œuvre (poli­tiques énergé­tiques, poli­tiques de l’eau, régu­la­tions « carbone »…).

Au sein de ce Nexus, un sujet pour­tant essen­tiel à la sécu­rité énergé­tique de dizaines d’États dans le monde s’avère peu traité et sous-estimé : le poids crois­sant des con­som­ma­tions énergé­tiques des usages de l’eau (agri­coles, domes­tiques, industriels).

Dans six États de la Fédéra­tion indi­enne, le secteur de l’eau représente par exem­ple entre 35 % et 45 % des con­som­ma­tions d’électricité, essen­tielle­ment pour le pom­page dans les eaux souter­raines (voir infra). En Jor­danie, des esti­ma­tions non con­solidées éval­u­ent à 40 % la part du secteur de l’eau dans la con­som­ma­tion élec­trique totale du pays. Ces con­sid­éra­tions sont à replac­er dans un con­texte de ten­sions énergé­tiques internes à la plu­part des pays en développe­ment, où l’électricité con­stitue un levi­er essen­tiel du développe­ment économique dans tous les secteurs d’activité.

La hausse des con­som­ma­tions énergé­tiques néces­saires à la mobil­i­sa­tion (pom­page, trans­fert, achem­ine­ment vers l’usager…) et à la pro­duc­tion (dessale­ment, pota­bil­i­sa­tion…) de l’eau résulte à la fois de l’augmentation de la demande (crois­sance démo­graphique, amélio­ra­tion du niveau de vie…) et d’une raré­fac­tion saison­nière ou absolue de l’eau dans plusieurs larges aires géo­graphiques. Les usagers et les pou­voirs publics sont alors incités à recourir à de nou­velles ressources (aquifères pro­fonds, eau fos­sile, trans­ferts inter­bassins, dessale­ment, réu­til­i­sa­tion, etc.). De plus, relever le défi ali­men­taire con­duit à met­tre en cul­ture de nou­velles aires, le plus sou­vent irriguées, ce qui accroît à la fois les usages d’eau et d’énergie.

Ces actions ont pour point com­mun d’être forte­ment con­som­ma­tri­ces en énergie, au risque de créer de pro­fondes vul­néra­bil­ités tech­niques, de gou­ver­nance et de développe­ment. Les coûts énergé­tiques crois­sants de la mobil­i­sa­tion de l’eau agri­cole et domes­tique représen­tent ain­si déjà un risque pour la sécu­rité énergé­tique de plusieurs dizaines d’États dans le monde, dont l’Inde, la Chine, les pays du Sud et de l’Est de la Méditer­ranée, du Proche et du Moyen-Ori­ent, de cer­tains États fédérés américains…

Une vul­néra­bil­ité à la sécu­rité énergé­tique des États

Deux pro­fils d’usages de l’eau, dont les effets peu­vent s’additionner, expliquent cette forte empreinte énergé­tique sec­to­rielle : la petite irri­ga­tion par pom­page, et une poli­tique de l’eau reposant à l’excès sur une ges­tion par l’offre.

Le poids énergé­tique d’une agri­cul­ture atom­isée et dépen­dante des eaux souterraines

La pre­mière caté­gorie englobe des pays ou régions où la petite irri­ga­tion par pom­page dans les sys­tèmes aquifères est abon­dante, à l’image de l’Asie du Sud ou des provinces du Nord-Est de la Chine. Au regard des vol­umes d’eau util­isés pour l’agriculture dans les pays en voie de développe­ment (le plus sou­vent au-delà de 90 % des con­som­ma­tions), le recours aux eaux souter­raines pèse con­sid­érable­ment sur les usages énergé­tiques nationaux. Le cas de l’Asie du Sud illus­tre le poids en matière énergé­tique des pra­tiques de mil­liers de com­mu­nautés d’irrigants dev­enues rel­a­tive­ment indépen­dantes des poli­tiques de l’eau mis­es en place par des pou­voirs cen­traux. Les pays méditer­ranéens où la mobil­i­sa­tion des eaux souter­raines est le moins cen­tral­isée, comme le Maroc, révè­lent égale­ment une vul­néra­bil­ité à ces usages dif­fi­ciles à infléchir.

En juin et juil­let 2012, en Inde, après le semis du riz, les pluies de mous­son furent par­ti­c­ulière­ment faibles dans le Pend­jab, l’Haryana et l’Uttar Pradesh. Les gou­verne­ments de ces trois États fédérés, élus six mois à un an aupar­a­vant, cédèrent sous la pres­sion des irri­g­ants. Ils autorisèrent ces derniers à dépass­er leurs quo­tas d’électricité (6 à 8 heures par jour) dédiés au pom­page des eaux souter­raines, à l’encontre des recom­man­da­tions du régu­la­teur cen­tral de l’électricité. Cet appel de charge de plusieurs mil­lions de pom­pes, hors allo­ca­tions plan­i­fiées d’électricité, con­duisit alors à l’effondrement en chaîne des réseaux. Une note de la mis­sion économique de l’ambassade de France à Del­hi datée du 2 août 2012 rap­porte que le 31 juil­let, 670 mil­lions de per­son­nes dans la moitié nord et nord-est de l’Inde (9 % de la pop­u­la­tion mon­di­ale !) ont été privées d’électricité pen­dant près de 18 heures… Si la vétusté du réseau élec­trique, une sous-pro­duc­tion élec­trique chronique et un pic de con­som­ma­tion en élec­tric­ité à cause des fortes chaleurs (cli­ma­ti­sa­tion) expliquent égale­ment la bru­tal­ité de ce gigan­tesque black-out, celui-ci découle directe­ment de prélève­ments en eau souter­raine pour un usage d’irrigation dans les trois États précités.

Le recours mas­sif à l’eau souter­raine depuis le milieu des années 1960 a con­duit à la dif­fu­sion de mil­lions de pom­pes diesel, élec­triques, à main ou à pied (près de 19 mil­lions de pom­pes sont en ser­vice actuelle­ment en Inde, au Pak­istan et au Bangladesh) (2). Cette révo­lu­tion a plusieurs vis­ages. Elle a con­tribué à la sécu­rité ali­men­taire en Asie du Sud, en per­me­t­tant l’augmentation de la pro­duc­tion agri­cole et sa diver­si­fi­ca­tion. L’usage de l’eau souter­raine per­met de s’affranchir de la disponi­bil­ité saison­nière et aléa­toire de l’eau de sur­face, et de cul­tiv­er des champs toute l’année (deux à trois récoltes). Cette autonomie à l’égard des réseaux de canaux d’eau de sur­face est dev­enue économique, poli­tique et sociale. Économique car la petite irri­ga­tion vil­la­geoise a apporté un moyen de sub­sis­tance beau­coup plus réguli­er, et par­fois même une aisance rel­a­tive aux fer­miers. Autonomie poli­tique et sociale égale­ment vis-à-vis de ceux qui con­trô­lent les canaux, qu’il s’agisse de grands pro­prié­taires ter­riens ou d’autorités admin­is­tra­tives (cor­rup­tion, influ­ence des castes…).

Le corol­laire négatif de cette indépen­dance nou­velle con­quise par les petits irri­g­ants est qu’il n’y a pas de levi­er d’action pour gér­er plus glob­ale­ment les prélève­ments dans les aquifères et les coûts énergé­tiques qui y affèrent… L’échelle de l’action publique devient tout au plus celle des com­mu­nautés d’irrigants, à con­va­in­cre – ou à con­train­dre – individuellement.

Dans six États indi­ens, la part d’électricité pour l’irrigation par pom­page dans les eaux souter­raines oscille de ce fait entre 35 % et 45 % des con­som­ma­tions totales (Andhra Pradesh, Gujarat, Kar­nata­ka, Uttar Pradesh, Pend­jab et Haryana (3)) ! Au Rajasthan, l’énergie représente 75 % des coûts d’exploitation des réseaux d’eau dans les grandes villes de l’État fédéré indi­en (4).

Les coûts énergé­tiques d’une poli­tique d’augmentation mas­sive de l’offre en eau

La deux­ième caté­gorie illus­trant l’importance des besoins en énergie pour mobilis­er et pro­duire de l’eau recoupe les États qui adoptent des poli­tiques de l’eau exces­sive­ment cen­trées sur l’augmentation de l’offre, dans un con­texte de raré­fac­tion des eaux de sur­face et de pres­sion crois­sante sur la ressource. Accroître l’offre disponible passe dès lors par le recours à des ressources en eau non con­ven­tion­nelles (dessale­ment, réu­til­i­sa­tion, exploita­tion d’eau souter­raine fos­sile…) et à des trans­ferts inter­bassins mas­sifs. Or ces solu­tions aggravent notable­ment les besoins en énergie pour l’eau.

Pour l’agriculture, les prélève­ments, les trans­ferts et l’irrigation elle-même néces­si­tent en moyenne 1 kWh/m3. Mais cette con­som­ma­tion en énergie aug­mente si le pom­page a lieu dans des eaux souter­raines, si l’eau a besoin d’être surélevée pour son trans­port, et si l’irrigation a lieu par canaux pres­surisés. Des pro­jets de ce type, per­for­mants sur le plan de l’efficience hydrique, entraî­nent en revanche une dépense énergé­tique supérieure à celles d’infrastructures d’irrigation plus classiques.

Le canal ori­en­tal du grand trans­fert d’eau du Sud vers le Nord de la Chine, à par­tir du Yang-Tsé-Kiang, trans­porte plus de 10 mil­liards de m3 (le débit annuel de la Seine) sur 1450 km, grâce à l’action de 23 sta­tions de pom­page, pour relever le niveau d’eau à plusieurs repris­es. Les Provinces chi­nois­es tra­ver­sées par ce canal, mais ne béné­fi­ciant pas de son eau, rechig­nent à assumer la dépense énergé­tique de ces rel­e­vages multiples.

La réu­til­i­sa­tion des eaux usées, plutôt des­tinée à l’agriculture, entraîne un sur­coût énergé­tique de l’ordre de 1 kWh/m3 (à com­par­er aux coûts énergé­tiques du dessale­ment d’eau saumâtre – 1,5 kWh/m3 – et d’eau de mer – au mieux entre 2 et 4 kWh/m3 pour l’osmose inverse). La réu­til­i­sa­tion présente ain­si un bilan énergé­tique plus com­péti­tif que les trans­ferts d’eau sur une dis­tance supérieure (5) à 60 km (hors dénivelé très favorable).

Ces ordres de grandeur ayant été don­nés, la mobil­i­sa­tion et la pro­duc­tion de l’eau dans l’espace méditer­ranéen sont estimées à 0,4 kWh/m3 en France et à 1,5 kWh/m3 en Israël (qui a recours au dessale­ment, à la réu­til­i­sa­tion, à des trans­ferts longues dis­tances). Du fait du développe­ment du dessale­ment en par­ti­c­uli­er (que ce soit à par­tir de l’eau de mer ou de l’eau saumâtre), le mètre cube d’eau pro­duit dans les Pays du Sud et de l’Est de la Méditer­ranée (PSEM) devrait pass­er de 0,2–0,4 kWh en 2000 à 1 kWh en 2025, con­tre respec­tive­ment 0,4 à 0,7 kWh/m3 dans les Pays du Nord de la Méditer­ranée (PNM) (6).

Ain­si, dans les pays du Sud et de l’Est de la Méditer­ranée qui met­tent en œuvre l’ensemble de ces solu­tions tech­niques, la seule demande en élec­tric­ité pour la mobil­i­sa­tion et la pro­duc­tion d’eau douce en 2025, pour­rait représen­ter 20 % des con­som­ma­tions totales en élec­tric­ité (7), con­tre env­i­ron 10 % aujourd’hui.

Cer­tains États, qui dis­posent d’une énergie abon­dante et à bas coût, recourent mas­sive­ment à de l’eau non con­ven­tion­nelle, comme le dessale­ment, l’extraction à par­tir d’aquifères non renou­ve­lables (jusqu’à 2500 m de pro­fondeur), ou la réu­til­i­sa­tion d’eau usée. L’Arabie saou­dite, pre­mier pays pro­duc­teur d’eau dessalée, a ain­si besoin de brûler 350 000 bar­ils de pét­role par jour pour le dessale­ment (8).

Un enjeu poli­tique et social avant d’être technique ?

Hormis des aspects pure­ment tech­niques (amélio­ra­tion de procédés, de l’efficience énergé­tique ou hydrique), la réduc­tion de l’empreinte énergé­tique des usages de l’eau s’avère être un sujet peu traité, bien qu’il s’agisse d’un enjeu sig­ni­fi­catif, à l’intersection de trois domaines clés : les inter­ac­tions eau-énergie, la sécu­rité énergé­tique, et l’atténuation du change­ment cli­ma­tique (voir encadré p. 58).

Les inter­ac­tions eau-énergie

Les besoins en eau pour le secteur énergé­tique (refroidisse­ment des cen­trales ther­miques à flamme ou nucléaires, pro­duc­tion d’hydroélectricité) font l’objet de très nom­breuses pub­li­ca­tions depuis le milieu des années 2000. Mais le lien inverse, c’est-à-dire les besoins énergé­tiques pour la mobil­i­sa­tion et la pro­duc­tion d’eau, n’est pas exploré de manière sys­té­ma­tique, comme en témoigne le tableau ci-dessus. Des don­nées géo­graphique­ment épars­es sont disponibles (par exem­ple pour la Cal­i­fornie, quelques régions maro­caines, six États fédérés indi­ens…), ou plus sec­to­rielles (excel­lence des con­nais­sances par exem­ple dans le dessale­ment, la réu­til­i­sa­tion…). Dans sa com­po­si­tion, le cinquième rap­port mon­di­al sur la mise en valeur des ressources en eau, pub­lié par les Nations Unies en mars 2014 et inti­t­ulé Water and Ener­gy, est emblé­ma­tique de cette dis­tor­sion de con­nais­sance en priv­ilé­giant tout par­ti­c­ulière­ment le volet « de l’eau pour la pro­duc­tion énergétique ».

Sécu­rité énergétique

L’essentiel de la lit­téra­ture trai­tant de la sécu­rité énergé­tique est cen­tré sur la ges­tion de l’offre en énergie, avec une atten­tion par­ti­c­ulière sur la con­ti­nu­ité et la sécu­rité des appro­vi­sion­nements et des infra­struc­tures, à l’image de la déf­i­ni­tion du con­cept retenue par l’Agence inter­na­tionale de l’Énergie (AIE) (9) : « Disponi­bil­ité con­tin­ue de sources d’énergie à un prix abor­d­able ». Un autre pan de la sécu­rité énergé­tique con­cerne l’amélioration de l’efficacité énergé­tique (pour le con­som­ma­teur final essen­tielle­ment). Un dernier volet, beau­coup moins traité, est relatif à la ges­tion de la demande, dont l’efficacité énergé­tique ne cou­vre qu’une par­tie. Or, comme cela a été mon­tré dans les développe­ments précé­dents, la manière dont se struc­ture la demande interne en énergie dans les secteurs de l’agriculture et de l’eau peut être con­sid­érée comme un risque pour la sécu­rité énergé­tique nationale de nom­breux États (Asie, Méditer­ranée, Proche et Moyen-Orient…).

Atténu­a­tion du change­ment cli­ma­tique dans le secteur de l’eau

Cet enjeu n’a fait l’objet d’aucun chapitre dédié dans les cinq rap­ports d’évaluation du Groupe d’Experts Inter­gou­verne­men­tal sur l’Évolution du Cli­mat (GIEC – IPCC) depuis 1990, et plus par­ti­c­ulière­ment dans aucune des con­tri­bu­tions du Groupe de Tra­vail III du GIEC, dédié à l’atténuation du change­ment cli­ma­tique. Ce n’est que dans un court chapitre de dix pages dans un « doc­u­ment tech­nique » con­sacré à l’eau (10) et au change­ment cli­ma­tique en 2008 que l’atténuation dans le domaine de l’eau est abor­dée à titre prin­ci­pal par le GIEC. Il est vrai que l’enjeu de l’adaptation (voir encadré p. 58) fait à l’inverse l’objet de nom­breux développe­ments, tant les man­i­fes­ta­tions du change­ment cli­ma­tique s’expriment à tra­vers les ressources en eau douce (sécher­ess­es, inon­da­tions, évène­ments cli­ma­tiques extrêmes…). L’atténuation des émis­sions de gaz à effet de serre peut ain­si appa­raître comme un enjeu sec­ondaire en com­para­i­son avec celui de l’adaptation, mais égale­ment rel­a­tive­ment tech­nique. Il s’agit par exem­ple d’étudier les con­séquences du recours à des cul­tures bioén­ergé­tiques sur les ressources en eau, la réduc­tion de l’empreinte énergé­tique du dessale­ment de l’eau de mer ou d’eau saumâtre, ou encore d’examiner l’impact du stock­age du C02 sur la qual­ité des eaux souter­raines. Il n’existe au final que peu de pub­li­ca­tions sur les con­séquences des poli­tiques de l’eau à dif­férentes échelles sur les émis­sions de gaz à effet de serre. Or, l’ensemble des solu­tions con­sis­tant à aug­menter l’offre en eau douce et l’efficience de son usage (dessale­ment, prélève­ments dans les eaux souter­raines, trans­ferts mas­sifs d’eau inter­bassins, réu­til­i­sa­tion, irri­ga­tion sous pres­sion…) créent des con­som­ma­tions énergétiques.

Pour ten­ter de combler ces zones gris­es de con­nais­sance dans les trois domaines préc­ités, un pro­jet de recherche (11) de 18 mois, inti­t­ulé « Eau et atténu­a­tion du change­ment cli­ma­tique : réduire la vul­néra­bil­ité énergé­tique des États en Méditer­ranée et au Moyen-Ori­ent », a été lancé en décem­bre 2018, et se focalise sur qua­tre cas d’étude : le Maroc, la Jor­danie, Chypre, et l’Arabie saou­dite. Les objec­tifs de ce tra­vail con­sis­tent notam­ment à car­ac­téris­er les liens entre les usages et les poli­tiques de l’eau, la sécu­rité énergé­tique, et la réduc­tion des émis­sions des gaz à effet de serre.

Pour une tra­jec­toire de sobriété énergétique

La maîtrise des con­som­ma­tions énergé­tiques devient l’un des piliers d’une néces­saire tran­si­tion énergé­tique et écologique. Les usages et les poli­tiques de l’eau, qui représen­tent une vul­néra­bil­ité crois­sante à la sécu­rité énergé­tique de plusieurs régions du monde, doivent égale­ment s’inscrire dans une tra­jec­toire de sobriété énergé­tique, et d’économie de la ressource.

L’amélioration des proces­sus et des tech­nolo­gies, à l’image de l’efficacité énergé­tique du dessale­ment, ne con­stitue qu’un des axes d’action pour dimin­uer l’empreinte énergé­tique des usages de l’eau. Les exem­ples dévelop­pés dans cet arti­cle témoignent des dimen­sions sociales et poli­tiques préémi­nentes des util­i­sa­tions de la ressource et des cadres insti­tu­tion­nels de sa ges­tion. Lorsque 20 %, 30 % ou 40 % des con­som­ma­tions d’électricité d’un pays sont dévolues aux usages de l’eau, le véri­ta­ble enjeu n’est plus tech­nique, mais socié­tal et poli­tique : com­ment agir sig­ni­fica­tive­ment sur la demande en eau, notam­ment agri­cole ? Ain­si plusieurs sujets con­sid­érés comme tech­niques néces­si­tent d’être réin­vestis comme des ques­tions poli­tiques et sociales : l’atténuation du change­ment cli­ma­tique, les liens énergie-eau, ou la sécu­rité énergé­tique (for­ma­tion de la demande en énergie).

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[mks_accordion_item title=“Énergie pour la mobil­i­sa­tion et la pro­duc­tion de l’eau”][/mks_accordion_item]

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Notes
(1) The Bonn 2011 Nexus Con­fer­ence (https://www.water-energy-food.org/about/bonn2011-conference/). L’approche par le Nexus a été tout par­ti­c­ulière­ment soutenue par le Forum économique mon­di­al (World Eco­nom­ic Forum), notam­ment lors de ses édi­tions de 2008 et 2011, pour pro­mou­voir, à tra­vers une ges­tion inté­grée entre les usages des dif­férentes ressources, des droits uni­versels pour l’accès à l’eau, à l’énergie et à l’alimentation.
(2) Tushaar Shah, Tam­ing the Anar­chy : Ground­wa­ter Gov­er­nance in South Asia, Wash­ing­ton DC, RFF Press – IWMI, 2009, 310 p.
(3) Asia Soci­ety, Asia’s next chal­lenge : secur­ing the region’s water future, Lead­er­ship Group on Water Secu­ri­ty in Asia, avril 2009, 59 p.
(4) Entre­tien avec mon­sieur Cheik Dia, AFD Del­hi en févri­er 2013.
(5) Gaëlle Thivet, « Eau/énergie, Énergie/eau et change­ment cli­ma­tique en Méditer­ranée », chapitre 10, in Plan Bleu, Change­ment cli­ma­tique et énergie en Méditer­ranée, juil­let 2008, p. 10–19 (http://planbleu.org/sites/default/files/publications/changement_clim_energie_med_fr_0.pdf).
(6) Plan Bleu, Des straté­gies de ges­tion inté­grée des ressources en eau et en énergie pour faire face au change­ment cli­ma­tique, coll. « Les Notes du Plan Bleu », no 9, novem­bre 2008, 4 p. (https://planbleu.org/sites/default/files/publications/note9_eau_energie_fr.pdf).
(7) Inter­ven­tion de Mohammed Blin­da, « Improv­ing water and ener­gy use effi­cien­cy in the Mediter­ranean », in Eco-Cities Forum, Eco-Cities of the Mediter­ranean, UNIDO, 2011, 30 p.
(8) Cité par Franck Gal­land in Alexan­dre Taithe, Franck Gal­land et Bruno Ter­trais, Les fron­tières invis­i­bles de l’eau : géopoli­tique des eaux souter­raines trans­frontal­ières, Paris, Technip/Ophrys, 2019 (à paraître).
(9) http://www.iea.org/topics/energysecurity/
(10) Chapitre 6 « Mesures d’atténuation du change­ment cli­ma­tique et eau » in IPCC, « Cli­mate change and water », Tech­ni­cal paper no IV, 2008, 214 p.
(11) Ce pro­jet, qui béné­fi­cie du sou­tien du Con­seil Supérieur de la For­ma­tion et de la Recherche Stratégiques (CSFRS), est mené par la Fon­da­tion pour la recherche stratégique (FRS), avec le Plan bleu, l’OCP-Policy Cen­ter (OCP-PC), et Envi­ron­men­tal Emer­gency & Secu­ri­ty Ser­vices (ES2).

La pho­to ci-dessus : assur­er la mise à dis­po­si­tion (pom­page, achem­ine­ment, dessale­ment…) de l’eau pour ses dif­férents usages – en par­ti­c­uli­er la pro­duc­tion de nour­ri­t­ure et la généra­tion d’énergie –, est de plus en plus éner­gi­vore, en rai­son non seule­ment de l’accroissement démo­graphique qui fait mécanique­ment aug­menter la demande, mais aus­si de la raré­fac­tion saison­nière ou absolue de cette ressource en plusieurs points du globe. (© Shutterstock/Dmitry Eagle Orlov)

(*) Arti­cle pub­lié dans Diplo­matie n° 97, Areion Group, mars-avril 2019 

À propos de l'auteur

Alexandre Taithe

Alexandre Taithe

Chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.

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