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Les satellites traquent la pollution aux hydrocarbures dans les mers

Les bâtiments de la Marine nationale ne sont plus seuls dans la traque aux bateaux pollueurs. Un réseau de satellites européens surveille les eaux de l’Union. Depuis 2009, ces satellites ont permis de faire diminuer de moitié la pollution par hydrocarbures des côtes.

Le nord-est du Brésil vient de connaître une marée noire qui s’est répandue sur près de 2 000 kilomètres de littoral. Des traces d’hydrocarbures ont même été retrouvées sur la plage de Grussai, à Sao Joao de Barra, à plus de 300 kilomètres au nord de Rio de Janeiro.
 
Cette catastrophe écologique n’aurait probablement pas pu avoir lieu en Europe. En effet, l’espace maritime européen est en permanence surveillé par six satellites.
 
Grâce à des radars, ces satellites sont capables de repérer des traces de pollution aux hydrocarbures même à travers une épaisse couche nuageuse. Le protocole est simple, mais très efficace : des photos sont prises par les satellites qui les envoient sur Terre où elles sont analysées par la société Collecte, localisation, satellites (CLS), filiale du Centre national d’études spatiales (CNES), d’Ardian et de l’Institut français pour l’exploitation de la mer (IFREMER). Si des traces de pollution sont constatées, CLS prévient rapidement l’autorité européenne de sécurité maritime. Depuis 2009, 6 374 nappes d’hydrocarbures de toutes tailles ont été repérées.
 
L’effet est aussi dissuasif qu’un bâtiment de la Royale, car les armateurs et les marins se savent constamment sous surveillance. Les amendes étant particulièrement élevées, ils réfléchissent à deux fois avant de procéder au fameux dégazage, ou de nettoyer leurs cuves en pleine mer (déballastage) qui sert dès lors de vide-ordures. En novembre 2010, une trace de pollution aux hydrocarbures de 12 kilomètres de long avait été repérée dans le sillage du Tian-Du-Feng par un avion des douanes françaises, au sud-ouest de l’île d’Ouessant. Lors du procès, la relaxe avait été prononcée au motif qu’il s’agissait d’eau charbonneuse issue d’un déballastage et non de rejet d’hydrocarbures. Quatre ans plus tard, lors du procès en appel, le capitaine et l’armateur ont été reconnus coupables de pollution par hydrocarbures : 800 000 euros d’amende. Il faut savoir que les dégazages, sur une base quotidienne, polluent dix fois plus que les marées noires.
 
Des missions élargies grâce aux satellites
 
La société CLS est internationale et fournit des solutions d’observation et de surveillance de la Terre depuis 1986. Elle évolue dans six domaines : la gestion durable de la pêche, la surveillance environnementale, la sécurité maritime, la gestion de flottes, les énergies et les mines, et l’espace et les systèmes sols. Ses services satellitaires permettent de collecter des données environnementales, d’observer les océans et les eaux continentales et de surveiller les activités maritimes.
 
CLS peut détecter les pollutions maritimes (hydrocarbures, oxydes d’azote ou de soufre), identifier les pollueurs, prévoir la dérive des nappes grâce à l’utilisation de drones et de capteurs embarqués destinés à la détection de pollutions atmosphériques et à l’analyse d’images radar. Celle-ci est effectuée par VIGISAT, principale station française de réception directe et d’analyse d’images satellites radar haute définition en temps quasi réel.
 
VIGISAT a célébré ses 10 ans d’existence en novembre 2019. Grâce à ses capacités opérationnelles, VIGISAT a permis de diviser par deux les pollutions d’hydrocarbures dans les eaux européennes, mais aussi de lutter contre la pêche illégale et les trafics clandestins. Christophe Vassal, président du directoire de CLS, explique : « VIGISAT est aujourd’hui un des principaux centres opérationnels de surveillance maritime de référence européenne en support des missions de l’action de l’État en mer. Nous comptons parmi nos clients : l’Agence européenne de sécurité maritime, les affaires maritimes de nombreux pays, les directions des plus grandes courses au large, mais également les plus grands opérateurs d’énergie offshore. Nos missions contribuent, chaque jour, à comprendre notre planète, à gérer durablement ses ressources et à garantir la paix et la souveraineté des États. Toutes ces réussites n’auraient pas pu voir le jour sans le soutien et le travail collaboratif que nous avons mené avec IMT Atlantique associé à l’appui de la région Bretagne, de Brest métropole et de l’Europe ! Nous sommes très heureux d’évoluer au sein de cette communauté gagnante, et très fiers d’être l’un des acteurs qui font que notre planète, malgré tout ce qu’on peut lui faire subir, se porte par certains aspects un peu mieux chaque jour. »
 
Il faut savoir que la pollution de l’air générée par les navires serait la cause de 50 000 décès prématurés par an. L’Union européenne a donc fixé des limites pour la teneur en soufre des combustibles de soute utilisés dans les bâtiments naviguant dans les mers européennes. Cette valeur passe  de 3,5 % à 0,5 % au 1er janvier 2020, conformément aux limites fixées par l’Organisation maritime internationale. En mer Baltique, en mer du Nord et en mer Blanche, la norme est encore plus stricte (0,1 %) et s’applique depuis 2015.

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