La protection de la ressource en eau franchit une nouvelle étape dans le bassin sud-est de la France. L’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse vient d’annoncer la sélection de 27 projets de Paiements pour services environnementaux (PSE), portés en grande majorité par des collectivités territoriales. Objectif : accompagner les agriculteurs dans la transition de leurs pratiques pour préserver durablement l’eau et les milieux naturels.
Au total, plus de 80 000 hectares de terres agricoles et près de 1 000 exploitations pourraient être concernés, pour un montant prévisionnel de 42 millions d’euros d’aides sur cinq ans.
Un dispositif qui monte en puissance
Après une première expérimentation lancée en 2020, qui avait permis d’accompagner plus de 700 exploitations sur 21 territoires, cette nouvelle édition élargit considérablement son champ d’action. Là où les premiers dispositifs étaient centrés sur la réduction des pollutions autour des captages d’eau potable, les projets retenus intègrent désormais des objectifs multiples : amélioration de la qualité de l’eau, économies de la ressource, infiltration dans les sols, restauration des zones humides et reconquête de la biodiversité.
Sur les 34 candidatures déposées, 27 ont été retenues, témoignant d’une mobilisation croissante des territoires.
50 millions d’euros mobilisés pour transformer les pratiques
Pour soutenir ces initiatives, l’agence de l’eau mobilise une enveloppe globale de 50 millions d’euros. Une partie (8 millions d’euros) est consacrée à l’ingénierie et au pilotage des projets, tandis que 42 millions d’euros financeront directement la rémunération des agriculteurs engagés.
Le principe des PSE repose en effet sur une logique incitative : les exploitants sont rémunérés pour les bénéfices environnementaux qu’ils génèrent. L’agence prend en charge 80 % de cette rémunération, les 20 % restants étant assurés par les collectivités ou d’autres partenaires publics et privés.
Concrètement, ces aides permettront de financer des actions telles que la réduction des herbicides, l’amélioration de la couverture des sols pour favoriser l’infiltration de l’eau, ou encore la diminution des volumes d’irrigation.

Des collectivités en première ligne
Le rôle des collectivités est central dans ce dispositif. Elles assurent l’animation territoriale, l’accompagnement des exploitations et la coordination des projets. Pour Nicolas Mourlon, directeur général de l’agence, cet engagement est déterminant : « Cette première étape marque un engagement fort en faveur de la transition écologique de nos territoires. »
Les porteurs de projets ont désormais jusqu’au 30 avril 2027 pour finaliser leurs dispositifs et formaliser les engagements des exploitations participantes.
Des projets ancrés dans les réalités locales
Parmi les initiatives retenues, plusieurs illustrent la diversité des enjeux et des réponses apportées.
Dans la métropole lyonnaise, la Régie Eau du Grand Lyon lance sa première expérimentation pour protéger les captages stratégiques de l’Est lyonnais, notamment celui de Crépieux-Charmy. Le projet vise à engager 80 exploitations sur 6 700 hectares dans une transition vers des cultures moins dépendantes des intrants chimiques.
Dans le Jura, la Espace Communautaire Lons Agglomération poursuit son engagement avec un deuxième PSE, en élargissant le nombre d’exploitations impliquées afin de sécuriser une ressource qui fournit près de 60 % de l’eau potable locale.
Plus au sud, la Communauté de communes de la Vallée de l’Hérault accompagne des viticulteurs dans l’évolution de leurs pratiques agricoles pour préserver la qualité des captages.
D’autres projets répondent à des enjeux spécifiques, comme dans le Var où le Parc naturel régional de la Sainte-Baume combine sobriété hydrique et amélioration de la capacité des sols à retenir l’eau. Dans l’Ain, le Syndicat Reyssouze et Affluents agit pour préserver les zones humides et les milieux bocagers, essentiels à la biodiversité.
Vers une agriculture au service de l’eau
Au-delà des chiffres, ces projets traduisent une évolution profonde des politiques de l’eau : il ne s’agit plus seulement de corriger les impacts, mais d’accompagner les pratiques agricoles pour qu’elles deviennent des alliées de la ressource.
En rémunérant les services rendus à l’environnement, les PSE participent à redéfinir le rôle de l’agriculture dans les territoires. Ils ouvrent la voie à un modèle où performance économique et préservation des ressources naturelles ne s’opposent plus, mais se renforcent mutuellement.


























