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Ville de demain et enjeu alimentaire

Le nom­bre d’habitants dans les aires urbaines devrait dépass­er neuf mil­liards d’ici à 2050. Aujourd’hui, plus d’un habi­tant sur deux habite dans une ville. Nour­rir les villes est plus que jamais un enjeu. Alors que les scan­dales ali­men­taires se mul­ti­plient et que les con­som­ma­teurs sont de plus en plus méfi­ants, com­ment nour­rir les habi­tants des villes durables de demain ? Bien manger dans les cen­tres urbains devien­dra-t-il un luxe, ou des solu­tions alter­na­tives acces­si­bles seront-elles mis­es en place ?

Se nour­rir dans les zones urbaines est aus­si vieux que les villes elles-mêmes. Mais, nos villes changent, se trans­for­ment, devi­en­nent plus inclu­sives et plus durables. Dès lors, la manière de les nour­rir se mod­i­fie égale­ment. « Les villes, comme les gens, sont ce qu’elles man­gent », indi­quait l’architecte Car­olyn Steel, dans son livre Hun­gry City. La nour­ri­t­ure dans les villes durables est un mar­queur des enjeux sociaux/sociétaux, économiques et bien sûr envi­ron­nemen­taux. Bien nour­rir la cité, répon­dre aux besoins de ses habi­tants et amélior­er leur qual­ité de vie, c’est garan­tir le bon fonc­tion­nement de l’écosystème urbain. L’alimentation est un besoin essentiel.

L’urbaculture

L’enjeu ali­men­taire a égale­ment été un enjeu urbain. L’apparition des grandes sur­faces a com­plète­ment redess­iné le tis­su urbain, avec l’étalement et la péri­ur­ban­i­sa­tion, ain­si qu’un mou­ve­ment du cen­tre vers la périphérie. Jusqu’à aujourd’hui, la nour­ri­t­ure était pro­duite à l’extérieur des villes et achem­inée vers les cen­tres urbains. Et si la ville de demain voy­ait un autre phénomène : pro­duire intra-muros pour les habi­tants des villes ? Ou si on asso­ci­ait pro­duc­tions dans les villes et pro­duc­tions aux alen­tours, avec un cir­cuit court, plus écologique ?

Car les citadins sont de plus en plus nom­breux à exiger une nour­ri­t­ure saine et issue d’une agri­cul­ture respectueuse de l’environnement. S’ils sont des citadins, les habi­tants des villes sont aus­si des citoyens avisés et des con­som­ma­teurs méfi­ants qui s’informent et con­trô­lent de plus en plus ce qui finit dans leurs assiettes.

Dans ce con­texte, l’agriculture urbaine ou urba­cul­ture n’est pas un éphémère effet de mode, mais une solu­tion con­ciliant la cul­ture, la nour­ri­t­ure et l’urbanisme. En théorie, cette solu­tion plaît. En pra­tique, plusieurs obsta­cles blo­quent son développe­ment à plus grande échelle : l’espace disponible en ten­sion, mais surtout la pol­lu­tion qui a des impacts sur la qual­ité des pro­duits frais et la san­té des habitants.
Il n’empêche, pour un grand nom­bre d’entrepreneurs du secteur ali­men­taire, l’agriculture urbaine est un moyen effi­cace de nour­rir près de 10 mil­liards d’hommes et de femmes.

À Brux­elles, par exem­ple, Steven Beck­ers a mon­té 4 000 mètres car­rés de ser­res, un jardin extérieur et des bassins de pis­ci­cul­ture, le tout sur un toit de marché. Par­mi tous les légumes qui y poussent, des tomates, que d’aucuns jugent suc­cu­lentes, sans pes­ti­cide. Des bour­dons pollinisent les plantes et des phéromones sont util­isées pour piéger les par­a­sites. Toute l’exploitation est en out­re peu gour­mande en énergie.

Les ser­res par exem­ple, sont chauf­fées par la chaleur émise par les instal­la­tions frig­ori­fiques du marché. L’eau est égale­ment soigneuse­ment économisée, grâce aux bacs d’élevage de bars et à un sys­tème de fil­tre biologique qui per­met de la réu­tilis­er pour l’arrosage. Les déjec­tions des 30 000 pois­sons sont util­isées comme engrais. L’éleveur de bars explique : « Nous par­ticipons au futur […]. Avec les enjeux ali­men­taires et de sur­pop­u­la­tion, il n’y a pas cinquante chemins à pren­dre, il va fal­loir tra­vailler autrement. »

Une révo­lu­tion multiple

Entre­pre­neurs, urban­istes, ingénieurs et poli­tiques tra­vail­lent ain­si de con­cert pour imag­in­er des solu­tions viables. Les archi­tectes tra­vail­lent égale­ment à l’aménagement du ter­ri­toire urbain en lien avec l’urbaculture. À Nantes, cer­tains d’entre eux ont notam­ment tra­vail­lé sur les espaces de déje­uner proches des marchés où les pro­duc­teurs intra-muros, mais aus­si locaux venant de l’extérieur pro­poseraient leurs pro­duits aux restau­rants et autres food trucks situés à prox­im­ité. Cer­tains archi­tectes ont pen­sé inté­gr­er ces espaces dans des zones végé­tal­isées. Tous les déchets organiques servi­raient de com­post, favorisant ain­si l’économie circulaire.

On voit bien que ville de demain et enjeu ali­men­taire sus­ci­tent des ques­tions qui auront des répons­es mul­ti­ples, décloi­son­nées, venant de plusieurs secteurs et métiers. Ces répons­es s’articuleront autour de la ville durable, de la pro­tec­tion de l’environnement, du retour du végé­tal après des décen­nies de béton­i­sa­tion, de la pro­duc­tion agri­cole raison­née et durable, de l’énergie pro­pre, etc.

Les acteurs poli­tiques s’emparent égale­ment du sujet. La ville de Lyon a récem­ment présen­té sa stratégie ali­men­taire et quelques chiffres édi­fi­ants : 15 % des habi­tants de la métro­pole ne man­gent pas à leur faim ; 95 % de la pro­duc­tion agri­cole est exportée ; les pro­duits agri­coles issus du ter­ri­toire représen­tent 4,6 % seule­ment des pro­duits con­som­més par les habi­tants ; la pro­duc­tion agri­cole dans un périmètre de 50 kilo­mètres autour de Lyon per­me­t­trait de cou­vrir 93 % de la con­som­ma­tion ali­men­taire des habi­tants sur le ter­ri­toire, en cir­cuit court, donc avec un impact envi­ron­nemen­tal beau­coup moins fort. Il s’agit en réal­ité d’une véri­ta­ble révo­lu­tion mul­ti­ple : agri­cole, urbaine, économique, socié­tale et énergétique.

La tran­si­tion ali­men­taire des villes est source d’opportunités et de crois­sance. Elle est aus­si un véri­ta­ble défi pour l’ensemble de la fil­ière ali­men­taire, de l’agriculteur à l’habitant, en pas­sant par le trans­porteur et l’aménagement urbain. Mais mieux manger est devenu un objec­tif et plus seule­ment un slo­gan marketing.

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