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L’économie circulaire en quelques questions

GREEN INNOVATION : Par qui et quand a été créé l’Institut de l’Économie Circulaire ?

Gré­go­ry GIAVARINA : L’Institut est né du con­stat qu’il n’existait pas en France de struc­ture nationale mul­ti acteurs qui « porte haut et fort » l’économie cir­cu­laire dans son approche la plus glob­ale et dans un objec­tif d’intérêt général. Ce pro­jet ini­tié par le Prési­dent de l’Institut, François-Michel Lam­bert, député EELV des Bouch­es-du-Rhône et moi-même a rapi­de­ment intéressé de nom­breux acteurs : entre­pris­es, poli­tiques, ONG, éco-organ­ismes, col­lec­tiv­ités, fédéra­tions pro­fes­sion­nelles, écoles d’enseignement supérieur… Au-delà des per­son­nal­ités qual­i­fiées, cinq organ­ismes ont rejoint l’Institut comme mem­bres fon­da­teurs. Il s’agit d’Écolfolio, de la Fon­da­tion Nico­las Hulot pour l’Homme et la Nature, du Groupe La Poste, de FEDEREC, de Kedge Busi­ness School, de GRDF et du Syn­di­cat des Cimen­tiers de France.
L’Institut souf­flera sa pre­mière bougie d’anniversaire le 10 févri­er 2014 lors de notre assem­blée générale annuelle. Plus de 150 mem­bres, organ­ismes et per­son­nal­ités nous ont déjà rejoints. Que de chemin déjà accom­pli en un an ! 2013 fut l’année de la mise en lumière de l’économie cir­cu­laire. 2014 sera l’année de l’accélération de la tran­si­tion vers une économie circulaire.

GREEN INNOVATION : Com­ment fonc­tionne l’institut ?

Gré­go­ry GIAVARINA : Les actions de l’Institut peu­vent se résumer en trois axes : 
• les travaux de réflex­ion à tra­vers notam­ment nos ate­liers de tra­vail (iden­ti­fi­ca­tion des freins et leviers, mise en avant des bonnes pra­tiques, inno­va­tions, étude prospec­tives et stratégiques…) ;
• la mise en réseau afin de faire émerg­er des pro­jets con­crets en réu­nis­sant les acteurs de la chaîne de valeur ;
• la com­mu­ni­ca­tion, la sen­si­bil­i­sa­tion et l’influence.

GREEN INNOVATION : Quels sont vos finance­ments et vos partenariats ? 

Gré­go­ry GIAVARINA : En 2013, le fonc­tion­nement de l’Institut a été inté­grale­ment financé par les coti­sa­tions des mem­bres act­ifs et le sou­tien des mem­bres fon­da­teurs. Pour 2014, nous démar­rons plusieurs mis­sions qui seront financées par­tielle­ment par des insti­tu­tions et ser­vices ministériels.

GREEN INNOVATION : Qu’entend-on par « économie circulaire » ?

Gré­go­ry GIAVARINA : L’économie cir­cu­laire est un mod­èle économique, social et envi­ron­nemen­tal dont l’objectif est de par­venir à décou­pler la crois­sance économique de l’épuisement des ressources naturelles par la créa­tion de pro­duits, ser­vices, mod­èles d’affaires et poli­tiques publiques innovants.
Il s’agit par exem­ple de ral­longer les flux de matière (réem­ploi, recy­clage) et de pro­duits (éco­con­cep­tion sans tox­ique ni obso­les­cence pro­gram­mée, répa­ra­tion, réu­til­i­sa­tion puis recy­clage) tout au long de la vie du pro­duit ou service.
Ce mod­èle repose sur la créa­tion de boucles de valeur pos­i­tives à chaque util­i­sa­tion ou réu­til­i­sa­tion de la matière ou du pro­duit avant sa destruc­tion finale. Il met notam­ment l’accent sur de nou­veaux modes de con­cep­tion, de pro­duc­tion et de con­som­ma­tion, le pro­longe­ment de la durée d’usage des pro­duits, l’usage plus que la pos­ses­sion de biens, la réu­til­i­sa­tion et le recy­clage des composants.
La ges­tion des déchets ne peut plus aujourd’hui se réduire à une con­séquence du mod­èle de pro­duc­tion actuel. L’optimisation de l’utilisation des ressources par une éco­con­cep­tion pen­sée en amont trans­forme la ges­tion des déchets en une sim­ple étape de la boucle matière.
L’économie cir­cu­laire con­cré­tise ain­si l’objectif de pass­er d’un mod­èle de réduc­tion d’impact à un mod­èle de créa­tion de valeur, pos­i­tive sur un plan social, économique et environnemental.

GREEN INNOVATION : Pourquoi vouloir chang­er de mod­èle économique ?

Gré­go­ry GIAVARINA : Le mod­èle de pro­duc­tion et de con­som­ma­tion qui pré­vaut depuis la révo­lu­tion indus­trielle repo­sait sur des ressources naturelles abon­dantes et un sché­ma linéaire : matières pre­mières extraites > pro­duc­tion > con­som­ma­tion > déchets.
Ce mod­èle de développe­ment a per­mis d’accélérer le « pro­grès » et à des mil­liards d’individus d’accéder à une cer­taine prospérité matérielle. Mais le fonde­ment de la société de con­som­ma­tion trou­ve à présent ses lim­ites face aux défis envi­ron­nemen­taux, d’emploi et de l’augmentation de la pop­u­la­tion mon­di­ale qui devrait pro­gress­er de 43 % entre 2012 et 2100. 
Nos prélève­ments sur les ressources naturelles dépassent déjà large­ment la bio­ca­pac­ité de la terre, c’est-à-dire sa capac­ité à régénér­er les ressources renou­ve­lables, à fournir des ressources non renou­ve­lables et à absorber les déchets.
La prise de con­science col­lec­tive a per­mis d’engager des démarch­es de réduc­tion des impacts envi­ron­nemen­taux qui sont une pre­mière étape indis­pens­able. Réduire cepen­dant l’impact du mod­èle de développe­ment actuel ne fait que reculer l’échéance. Une démarche plus ambitieuse s’impose donc avec l’accélération de la tran­si­tion vers l’économie circulaire. 

GREEN INNOVATION : Quels sont les acteurs de l’économie circulaire ?

Gré­go­ry GIAVARINA : Tous les domaines, tous les secteurs d’activité sont con­cernés. Il n’y a donc pas d’acteurs spé­ci­fiques. On peut néan­moins soulign­er que les entre­pris­es et organ­ismes tra­vail­lant sur les déchets sont par­ti­c­ulière­ment impliqués. 

GREEN INNOVATION : Dans quelle mesure le mod­èle de l’économie cir­cu­laire favorise-t-il la crois­sance économique ?

Gré­go­ry GIAVARINA : Plusieurs études ont été menées en Europe et dans des pays comme les Pays-Bas. Selon le cab­i­net McK­in­sey, auteur de deux études pour la Fon­da­tion Ellen Mac Arthur, l’économie cir­cu­laire per­me­t­trait de réalis­er une économie nette min­i­male de 380 mil­liards de dol­lars par an de matières pre­mières en Europe. A cette exploita­tion des ressources évitée s’ajoute la créa­tion de « valeur pos­i­tive », fondée sur la con­som­ma­tion relo­cal­isée, le sou­tien à une activ­ité indus­trielle et agri­cole sur les ter­ri­toires et le développe­ment de nou­velles fil­ières dédiées à la répa­ra­tion, au réem­ploi et au recy­clage. François-Michel Lam­bert a d’ailleurs pro­posé et fait vot­er dans le cadre de la Loi Con­som­ma­tion récem­ment adop­tée un amende­ment qui per­me­t­tra de réalis­er une telle étude en France d’ici jan­vi­er 2015. 

GREEN INNOVATION : Com­ment les entre­pris­es intè­grent-elles l’économie cir­cu­laire dans leur stratégie de développement ?

Gré­go­ry GIAVARINA : Le pas­sage du mod­èle linéaire au cir­cu­laire se fait générale­ment de façon pro­gres­sive en démar­rant sou­vent par une approche « économie de sub­sti­tu­tion » qui per­met de rem­plac­er les matéri­aux issus des ressources naturelles par des matéri­aux recy­clés. Ou bien encore dans une démarche de syn­ergie indus­trielle dans le cadre d’un con­trat gag­nant-gag­nant entre plusieurs acteurs où les matières sec­ondaires des uns ser­vent de ressources aux autres.
Mais de plus en plus d’entreprises vont aujourd’hui plus loin avec des straté­gies ambitieuses reposant sur l’éco-conception, la répara­bil­ité, la durée d’usage, ou encore l’économie de fonctionnalité.

GREEN INNOVATION : Com­ment envis­agez-vous la tran­si­tion vers une économie circulaire ?

Gré­go­ry GIAVARINA : La tran­si­tion vers une économie cir­cu­laire est inéluctable. La ques­tion est de savoir si nous voulons la subir ou bien anticiper les enjeux et porter les solu­tions appropriées.
Cette tran­si­tion doit néces­saire­ment pass­er par une stratégie nationale ambitieuse et la mise en place d’un pro­gramme pluri­an­nuel d’objectifs et d’engagement de l’ensemble des par­ties prenantes à l’instar de ce qui se fait déjà par exem­ple au Japon.
Les régions ont égale­ment un rôle majeur à jouer dans la créa­tion et l’animation d’une dynamique ter­ri­to­ri­ale avec l’ensemble des acteurs, entre­pris­es, col­lec­tiv­ités et autres. Une gou­ver­nance partagée sera l’une des clés du suc­cès de l’économie circulaire.

GREEN INNOVATION : Quelle est la place de l’économie cir­cu­laire au sein de l’Union européenne ?

Gré­go­ry GIAVARINA : La Com­mis­sion européenne est d’ores et déjà très engagée. L’Europe milite active­ment pour une économie cir­cu­laire qui sera demain la clé du main­tien de sa com­péti­tiv­ité. Brux­elles veut donc accélér­er le mou­ve­ment vers une util­i­sa­tion plus effi­cace des ressources en Europe. La feuille de route de l’Union européenne pour une util­i­sa­tion effi­cace des ressources devrait aboutir à l’adoption d’une stratégie pré­cise dès le pre­mier semes­tre 2014.
Cette nou­velle stratégie énon­cera des objec­tifs pré­cis, applic­a­bles non seule­ment aux Etats mem­bres et à la Com­mis­sion mais aus­si aux régions, au secteur privé, aux organ­ismes financiers et aux citoyens.

GREEN INNOVATION : Existe-t-il des struc­tures équiv­a­lentes à votre insti­tut dans les autres pays mem­bres de l’Union européenne ?

Gré­go­ry GIAVARINA : Il existe des struc­tures équiv­a­lentes mais avec des for­mats sen­si­ble­ment dif­férents. Pour le moment, seule la France, à tra­vers la créa­tion d’un Insti­tut de l’Economie Cir­cu­laire, a réus­si à fédér­er l’ensemble des acteurs, poli­tiques com­pris, au-delà des cli­vages clas­siques droite-gauche. Les Belges et les Cana­di­ens se mon­trent d’ailleurs très intéressés par notre mod­èle et envis­agent de créer des insti­tuts de même nature.

Illus­tra­tion : © Shutterstock

À propos de l'auteur

Grégory Giavarina

Grégory Giavarina

Co-fondateur et Délégué général de l'Institut de l'économie circulaire.

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