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Chine : les énergies renouvelables accélèrent, mais le charbon reste incontournable

La Chine poursuit à un rythme inédit le déploiement de l’éolien et du solaire et prévoit une nouvelle accélération de sa production d’énergies renouvelables d’ici 2030. Pourtant, la hausse de la demande d’électricité, les besoins liés à la climatisation et les limites du réseau maintiennent les centrales à charbon au cœur du système énergétique. Entre essor des renouvelables, stockage et électrification, Pékin doit désormais transformer la croissance de ses capacités propres en véritable recul des énergies fossiles.

La Chine est aujourd’hui au cœur de la transformation du système énergétique mondial. Premier producteur et installateur de capacités renouvelables, le pays poursuit à grande vitesse le développement de l’énergie solaire et de l’éolien. En parallèle, Pékin cherche à réduire progressivement sa dépendance aux combustibles fossiles et à faire des énergies non fossiles une composante toujours plus importante de son mix énergétique.

Le nouveau plan chinois consacré au développement des énergies renouvelables, publié en juillet 2026, confirme cette ambition. Selon les données rapportées par Carbon Brief et Reuters, la Chine vise une augmentation de 53 % de sa production d’électricité éolienne et solaire au cours des cinq prochaines années. Le pays souhaite également porter sa production totale d’énergies renouvelables à l’équivalent de 1,8 milliard de tonnes de charbon standard en 2030, contre 1,18 milliard en 2025.

L’objectif est particulièrement significatif car il s’inscrit dans le cadre du 15e plan quinquennal chinois, qui couvre la période 2026–2030. Cette période sera déterminante pour la trajectoire climatique du pays, alors que la Chine s’est engagée à atteindre son pic d’émissions de CO₂ avant 2030 et la neutralité carbone à l’horizon 2060.

Des capacités renouvelables qui continuent de progresser

La dynamique de déploiement des énergies renouvelables reste impressionnante.

À la fin du mois de juin 2026, les capacités installées d’énergie éolienne et solaire avaient progressé respectivement de 19 % et 16 % sur un an, selon les données rapportées par Carbon Brief. Rien qu’au mois de juin, environ 14 GW de nouvelles capacités éoliennes et 12 GW de capacités solaires auraient été ajoutés.

Cette expansion s’appuie sur une stratégie industrielle développée depuis plusieurs années. La Chine domine aujourd’hui la production mondiale de panneaux photovoltaïques, de batteries et d’une grande partie des équipements nécessaires aux énergies renouvelables.

Le pays dispose également d’un avantage majeur : sa capacité à construire rapidement de grandes infrastructures énergétiques. Les vastes bases de production renouvelable installées dans les régions du nord et de l’ouest du pays regroupent d’immenses parcs solaires et éoliens destinés à alimenter les grands centres de consommation situés à l’est.

Mais cette concentration géographique constitue également l’un des principaux défis de la transition énergétique chinoise.

Le défi du réseau électrique

Construire des capacités renouvelables ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir transporter et utiliser l’électricité produite.

Une partie des grands complexes éoliens et solaires se trouve loin des zones où la demande est la plus importante. Le développement des lignes à très haute tension et des infrastructures de stockage devient donc essentiel pour acheminer cette électricité vers les centres industriels et urbains.

Un rapport publié en juillet a souligné que les infrastructures de transmission restent insuffisantes pour exploiter pleinement le potentiel des grandes bases renouvelables chinoises. La dépendance persistante à une production électrique issue du charbon et les difficultés de raccordement limitent encore l’utilisation optimale de certaines capacités renouvelables.

La Chine devra donc investir simultanément dans les réseaux électriques, le stockage par batteries, la flexibilité du système et la gestion intelligente de la demande.

Le nouveau plan de développement des renouvelables prévoit d’ailleurs que les projets éoliens et solaires améliorent leur capacité à garantir une production, notamment grâce au stockage sur site. La Chine souhaite également développer davantage les usages non électriques des énergies renouvelables, notamment la production d’hydrogène renouvelable et la chaleur issue de sources éoliennes et solaires.

La croissance de la production thermique ralentit… mais le charbon reste présent

Le titre d’une transition énergétique chinoise dominée par les renouvelables doit toutefois être nuancé.

En juin 2026, la production thermique a augmenté de seulement 0,5 % sur un an, selon les données rapportées par Carbon Brief. Il s’agit de la progression la plus faible enregistrée depuis le début de l’année. Dans le même temps, la production solaire a augmenté de 14,2 %, tandis que la production éolienne a reculé de 5,6 % sur le mois, notamment en raison de conditions météorologiques moins favorables.

Ces chiffres semblent confirmer un ralentissement de la croissance de la production thermique. Mais ils ne signifient pas encore que la Chine est entrée dans une phase durable de baisse du charbon.

La situation est en réalité plus complexe.

La demande d’électricité chinoise connaît une forte croissance. Au mois de juillet, le pays a enregistré plusieurs records de consommation, avec un pic de charge ayant atteint environ 1 551 GW. La demande pourrait dépasser 1 600 GW lors d’épisodes de chaleur extrême. L’industrie, la climatisation et la croissance de la mobilité électrique contribuent notamment à cette hausse.

Dans ce contexte, les centrales thermiques continuent de jouer un rôle de sécurité pour répondre rapidement aux pics de consommation lorsque la production renouvelable est insuffisante.

Une transition énergétique sous tension

La Chine se retrouve ainsi face à une équation complexe.

D’un côté, les investissements dans les énergies renouvelables progressent rapidement. De l’autre, l’électrification de l’économie augmente la demande globale d’électricité.

Le développement des véhicules électriques, des batteries, des pompes à chaleur, des infrastructures numériques et des industries manufacturières augmente les besoins en électricité. La multiplication des épisodes de chaleur renforce également la demande de climatisation.

Pour que les renouvelables remplacent effectivement les centrales fossiles, leur croissance doit donc être supérieure à celle de la demande totale d’électricité.

C’est précisément l’un des principaux enjeux de la décennie.

En 2025, la croissance des énergies renouvelables avait contribué à faire reculer la production électrique au charbon, qui avait enregistré sa première baisse en dix ans. Mais en 2026, plusieurs facteurs ont compliqué cette dynamique : croissance de la demande, conditions météorologiques moins favorables à l’éolien et au solaire dans certaines régions, ralentissement des nouvelles installations photovoltaïques et maintien d’une importante capacité thermique.

La Chine continue par ailleurs de construire de nouvelles centrales à charbon. Cette situation crée un paradoxe : le pays développe simultanément les deux systèmes énergétiques, renouvelable et fossile.

Le charbon pourrait-il devenir une énergie de secours ?

Une partie de l’évolution du système énergétique chinois pourrait toutefois conduire à une transformation progressive du rôle des centrales à charbon.

À mesure que les capacités éoliennes et solaires augmentent, les centrales thermiques pourraient être davantage utilisées comme capacités de secours plutôt que comme sources principales de production.

Cette évolution nécessiterait une transformation profonde du fonctionnement du parc électrique. Les centrales devraient être capables de moduler davantage leur production et de fonctionner de manière flexible en fonction des variations de la production renouvelable.

Le gouvernement chinois prévoit ainsi d’améliorer l’efficacité des centrales à charbon existantes et d’augmenter leur flexibilité. Un plan d’action pour les économies d’énergie et la réduction des émissions dans le secteur énergétique prévoit notamment d’améliorer l’efficacité moyenne des centrales à charbon existantes de 15 points de pourcentage, selon Carbon Brief.

Mais cette stratégie comporte également un risque : investir dans de nouvelles infrastructures fossiles peut prolonger leur durée de vie et compliquer la réduction future des émissions.

La prochaine étape : stockage et flexibilité

La capacité de stockage sera donc déterminante.

Les batteries pourraient permettre de stocker une partie de l’électricité solaire produite pendant la journée pour la restituer lors des pics de consommation du soir. D’autres solutions, comme l’hydroélectricité par pompage, les réseaux intelligents et la gestion de la demande, peuvent également contribuer à équilibrer le système.

La Chine dispose déjà d’une industrie très développée dans le domaine des batteries, ce qui constitue un avantage important.

Le stockage pourrait également réduire la nécessité de maintenir certaines centrales fossiles en fonctionnement pendant les périodes où la production renouvelable est faible.

Mais le défi ne sera pas uniquement technologique. Il sera aussi économique et réglementaire. Les mécanismes de marché devront permettre de rémunérer la flexibilité et le stockage afin de rendre ces investissements suffisamment attractifs.

Une transition qui dépasse les frontières chinoises

L’évolution du système énergétique chinois aura des conséquences bien au-delà du pays.

La Chine représente une part considérable des nouvelles capacités renouvelables installées dans le monde et domine plusieurs chaînes industrielles essentielles, notamment celles du photovoltaïque, des batteries et des véhicules électriques.

Si le pays accélère encore ses investissements dans les renouvelables, le coût des technologies propres pourrait continuer à diminuer et favoriser leur diffusion internationale.

La Chine pourrait également jouer un rôle central dans le développement de l’hydrogène renouvelable, du stockage d’énergie et des réseaux électriques intelligents.

Mais l’évolution de ses émissions de CO₂ reste déterminante pour le climat mondial. Une transition rapide du secteur électrique chinois pourrait avoir un impact majeur sur les émissions mondiales, compte tenu du poids du pays dans la consommation d’énergie et la production industrielle.

Un tournant décisif d’ici 2030

La Chine aborde donc la deuxième moitié de la décennie avec une double réalité.

Elle est, d’un côté, le moteur mondial du développement des énergies renouvelables. Son nouveau plan prévoit une accélération significative de la production éolienne et solaire, tandis que ses capacités installées continuent de progresser à un rythme inédit.

Mais, de l’autre, la croissance de la demande électrique et le maintien d’un important parc de centrales à charbon empêchent encore de considérer le recul des énergies fossiles comme acquis.

La véritable question des prochaines années sera donc moins de savoir si la Chine va construire davantage de capacités renouvelables — elle le fait déjà à grande échelle — que de déterminer si ces nouvelles capacités pourront effectivement remplacer la production fossile.

Le développement des réseaux, du stockage et de la flexibilité du système sera déterminant. Si ces infrastructures progressent suffisamment vite, les renouvelables pourraient prendre une place croissante dans la production électrique et transformer progressivement le charbon en capacité de soutien.

La Chine pourrait alors franchir un nouveau cap : passer d’une stratégie fondée sur l’ajout massif de capacités propres à une véritable substitution des énergies fossiles par les renouvelables.

L’enjeu est considérable. Car la trajectoire énergétique chinoise au cours des quatre prochaines années pourrait peser lourdement sur la capacité du monde à contenir le réchauffement climatique.

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