Avec un investissement de 25 millions d’euros, l’État lance un ambitieux programme de jumeaux numériques pour mieux anticiper les transformations des territoires. Baptisé JUNN, ce projet structurant pourrait transformer en profondeur la manière de concevoir l’aménagement, la gestion des resources et la prévention des risques.
Face à l’accélération du changement climatique et à la complexification des politiques publiques, la France mise sur la puissance de la donnée et de la simulation. Le 13 avril 2026, dans le cadre du plan France 2030, le gouvernement a officialisé le lancement de JUNN, un programme national destiné à développer des jumeaux numériques des territoires.
Porté par un consortium réunissant notamment l’IGN, le Cerema et Inria, ce projet vise à doter la France d’un outil inédit : une réplique virtuelle dynamique du territoire, capable de croiser des données multiples et de simuler des scénarios complexes.
Comprendre et anticiper grâce au numérique
Un jumeau numérique de territoire peut être comparé à une “copie intelligente” du réel. Il permet de visualiser un espace en 2D ou en 3D, mais surtout de tester des hypothèses et d’anticiper les conséquences de décisions.

Concrètement, ces outils peuvent simuler l’impact d’un projet d’aménagement sur les risques d’inondation, prévoir les effets d’une nouvelle infrastructure sur le trafic, ou encore modéliser l’évolution des îlots de chaleur en ville.
Dans un contexte de transition écologique, ces capacités d’anticipation deviennent stratégiques. Elles permettent aux décideurs publics de passer d’une logique réactive à une gestion proactive des territoires.
Un socle technologique commun et souverain
Au cœur de JUNN se trouve la création d’un socle technologique partagé. Celui-ci regroupera des briques logicielles, des standards d’interopérabilité et des jeux de données homogènes à l’échelle nationale.
L’objectif est double : faciliter le déploiement de jumeaux numériques pour les collectivités qui n’en disposent pas encore, et enrichir ceux déjà existants. Grâce à cette mutualisation, les acteurs publics et privés pourront accéder à des outils avancés sans supporter seuls les coûts de développement.
Ce socle vise également à renforcer la souveraineté technologique française, en structurant une filière industrielle autour des technologies de simulation et de géodonnées.
Une “équipe de France” de 200 acteurs
Le programme s’appuie sur un écosystème particulièrement large, regroupant plus de 200 acteurs : collectivités, entreprises, laboratoires de recherche et institutions publiques.
Parmi eux figurent des acteurs clés comme le CNES, le BRGM ou encore des entreprises spécialisées dans les données géospatiales et la modélisation 3D. Cette diversité d’expertises doit permettre de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production de données à l’exploitation opérationnelle.
JUNN se veut également un espace de collaboration ouvert, qualifié de “place de sciences”, où chercheurs et industriels pourront tester et améliorer leurs solutions dans des conditions réelles.
Des usages concrets pour les territoires
Les applications potentielles des jumeaux numériques sont nombreuses et déjà identifiées. Elles couvrent des domaines aussi variés que :
- l’aménagement urbain durable,
- la gestion des resources en eau,
- l’adaptation des forêts au changement climatique,
- la prévention des risques naturels (inondations, recul du littoral),
- l’optimisation des mobilités,
- ou encore la lutte contre les épidémies.
Un exemple emblématique concerne le développement des énergies renouvelables : grâce à la simulation, les collectivités pourront identifier les zones les plus adaptées en croisant données environnementales, contraintes réglementaires et potentiel énergétique.
Un projet structurant à horizon 2030
Doté d’un budget global de près de 40 millions d’euros sur trois ans, dont 25 millions financés par l’État, JUNN entrera dans une première phase de recherche et développement entre 2026 et 2029.
Les premières briques technologiques et jeux de données seront disponibles dès 2026, avec l’objectif de proposer un premier ensemble d’applications opérationnelles à court terme.
À terme, le programme ambitionne de permettre des simulations à l’échelle nationale, offrant une vision globale et dynamique des transformations du territoire.
Vers une nouvelle manière de décider
Au-delà de la technologie, JUNN marque une évolution profonde dans la manière de piloter l’action publique. En s’appuyant sur la donnée, la modélisation et l’intelligence collective, les décideurs pourront mieux comprendre les interactions complexes qui façonnent les territoires.
Dans un monde soumis à des changements rapides et incertains, ces jumeaux numériques pourraient bien devenir une véritable boussole pour guider les choix stratégiques, conciliant développement, résilience et transition écologique.


























