Green Innovation : Vous évoquez souvent Paris-Saclay comme le « premier écosystème deeptech d’Europe ». Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui ce territoire des autres hubs internationaux d’innovation ?
Martin Guespereau : Paris-Saclay se distingue par une concentration exceptionnelle de recherche et d’innovation, unique en Europe.
Le territoire regroupe à lui seul 21 % de la recherche publique française et 15 % de la recherche privée. Cette densité scientifique s’appuie sur plus de 320 laboratoires de recherche, de grandes écoles et universités de rang mondial — comme l’École Polytechnique, AgroParisTech ou encore l’ENS Paris-Saclay — ainsi que sur la présence de grands groupes industriels internationaux.
Comme le résume Olivier Laureau, président de Servier : « il faut 80 disciplines ou spécialités pour mettre au point une nouvelle molécule. Paris-Saclay les concentre toutes ».
Le territoire bénéficie également d’un vivier de talents considérable avec plus de 60 000 étudiants, dont 15 % de doctorants. Paris-Saclay forme notamment 40 % des ingénieurs français en intelligence artificielle.
L’excellence scientifique du cluster est reconnue mondialement : il compte 5 prix Nobel, dont Alain Aspect pour ses travaux sur la physique quantique, ainsi que 10 médailles Fields. Le site occupe également la 1re place mondiale en mathématiques dans le classement de Shanghai.
À cette puissance académique s’ajoute un écosystème économique particulièrement dynamique, avec plus de 800 startups, parmi lesquelles Mistral AI, fondée par des alumni de Paris-Saclay. Ces dernières années, plusieurs milliards d’euros ont été levés par les entreprises du territoire. Paris-Saclay accueille également de nombreux centres de R&D de grands groupes industriels tels que Renault, Stellantis, GE Healthcare, IBM, EDF R&D, Servier, Danone, HORIBA, Thales ou encore TotalEnergies.
Cette force repose aussi sur une culture de la collaboration. L’événement SPRING illustre parfaitement cette dynamique en facilitant les rencontres entre startups, investisseurs et industriels grâce à des rendez-vous B2B ciblés : 5 000 rendez-vous ont été organisés en 2025, tandis que 120 acteurs clés ont été sélectionnés pour l’édition 2026.
Le choix du Technocentre Renault Group pour accueillir SPRING 2026 symbolise d’ailleurs cette synergie entre recherche académique et innovation industrielle.
Cette édition met fortement en avant les technologies liées à la transition écologique. Est-ce désormais un critère incontournable pour les projets accompagnés à Paris-Saclay ?
Absolument. La transition écologique fait partie intégrante de l’ADN de Paris-Saclay, et SPRING 2026 en est une illustration particulièrement forte.
Depuis ses débuts, l’événement met en avant des startups développant des solutions innovantes pour répondre aux grands défis sociétaux, notamment environnementaux. Mais en 2026, cette orientation prend une dimension encore plus stratégique avec un accent très marqué sur la décarbonation de l’industrie. Les startups et projets de maturation sélectionnés cette année travaillent notamment sur les technologies vertes : hydrogène, batteries de nouvelle génération, matériaux bas carbone ou encore solutions énergétiques innovantes.
Cette attractivité technologique et scientifique explique également pourquoi l’entreprise taïwanaise ProLogium, qui construit une gigafactory de batteries tout solide, a choisi de venir à Paris-Saclay pour développer sa R&D en collaboration avec l’ICMMO de l’Université Paris-Saclay et l’un des grands spécialistes du domaine, Sylvain Franger.
Plusieurs startups présentes développent des solutions liées à l’intelligence artificielle ou au quantique. Comment Paris-Saclay se positionne-t-il dans cette nouvelle bataille technologique mondiale ?
Paris-Saclay s’impose aujourd’hui comme l’un des grands leaders mondiaux dans les domaines de l’intelligence artificielle et des technologies quantiques.
Dans l’IA, le territoire forme 40 % des ingénieurs français spécialisés, notamment grâce à des cursus de référence comme le MSc AI de l’École Polytechnique ou le programme Data Science for Business de l’ESSEC.
Le territoire a également vu naître Mistral AI, devenue l’une des principales licornes européennes de l’intelligence artificielle, fondée par des alumni de ses écoles.
Son excellence académique constitue un autre avantage stratégique : Paris-Saclay occupe la 1re place mondiale en mathématiques au classement de Shanghai, une discipline fondamentale pour les développements en IA.
Le quantique représente un autre pilier majeur de cet écosystème. Alain Aspect, prix Nobel de physique 2022 pour ses travaux sur l’intrication quantique, y enseigne. Plusieurs startups françaises de référence — comme Pasqal, Alice & Bob ou Quandela — sont directement issues des laboratoires du territoire, notamment de l’Institut d’Optique, du CEA ou du CNRS.
Paris-Saclay bénéficie ici d’un écosystème complet allant de la recherche fondamentale, avec des laboratoires comme le LQI, jusqu’aux applications industrielles en partenariat avec des groupes comme Thales ou Airbus.
Paris-Saclay possède un avantage compétitif : La proximité entre recherche, formation et industrie permet une accélération sans équivalent du transfert de technologies.
Le territoire dispose également d’infrastructures stratégiques majeures : 2 des 3 plus grands supercalculateurs français du GENCI sont installés à Paris-Saclay. Le supercalculateur Alice Recoque, premier supercalculateur exascale en France et deuxième supercalculateur exaflopique acquis par EuroHPC, doit également y être déployé prochainement. Une Maison du Quantique verra par ailleurs bientôt le jour afin de renforcer encore cet écosystème.
Comme le souligne un indicateur particulièrement révélateur : « Paris-Saclay produit 1 startup deeptech sur 5 en France, et 1 sur 3 dans le quantique. » (Classement dealroom : les 3 premiers providers de SU deeeptech en France sont UPSaclay, IPparis et HEC tout Paris-Saclay)
Paris-Saclay attire chercheurs, entrepreneurs et investisseurs du monde entier. Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour maintenir cette attractivité ?
Malgré sa réussite, Paris-Saclay doit encore relever trois défis majeurs pour poursuivre son développement.
Le premier concerne l’accessibilité et les mobilités. L’arrivée de la ligne 18 du Grand Paris Express à l’horizon 2030 constitue un enjeu stratégique et un véritable « game changer » pour le territoire.
Le deuxième défi porte sur l’équilibre entre croissance et qualité de vie. L’objectif est de poursuivre une densification maîtrisée, à travers des quartiers innovants comme le Quartier des Savoirs à Guyancourt, tout en préservant les espaces verts et une véritable mixité sociale.
Le développement du logement et des services représente également un enjeu central afin de répondre aux besoins des chercheurs, entrepreneurs, étudiants et familles, notamment avec la création de nouveaux logements étudiants et familiaux.
Enfin, Paris-Saclay doit continuer à faire face à une concurrence internationale intense avec des écosystèmes comme Boston ou Zurich. Pour rester attractif, le territoire mise sur son modèle collaboratif unique entre recherche publique et privée, mais aussi sur son cadre de vie, entre proximité immédiate de Paris et préservation des terres agricoles du plateau de Saclay.
Comme le résume parfaitement cette ambition :
« Notre défi ? Faire de Paris-Saclay un territoire où l’on vient pour innover… et où l’on reste pour vivre. »
Si vous deviez résumer l’esprit de SPRING 2026 en une phrase, quelle serait-elle ?
« SPRING 2026, c’est l’énergie de 120 acteurs deeptech réunis au Technocentre Renault pour accélérer l’innovation utile – décarbonée, intelligente et collaborative – et faire de Paris-Saclay le cœur battant de la tech européenne. »


























