Magazine Biogaz

Odeurs, chimie & microbiologie : une multidisciplinarité afin de professionnaliser la filière

Le pro­jet EMAMET (émis­sions atmo­sphériques biologiques et chim­iques de la fil­ière de méthani­sa­tion) a obtenu un finance­ment de l’ADEME dans le cadre de l’appel à pro­jets qu’elle a organ­isé, inti­t­ulé CIDe (Con­nais­sances des impacts envi­ron­nemen­taux et san­i­taires de la ges­tion des déchets). Portée par San­drine Bayle, doc­teur en écolo­gie micro­bi­enne au sein de l’IMT Mines Alès, cette expéri­ence est des­tinée à amélior­er nos con­nais­sances sur la fil­ière de la méthani­sa­tion, avec pour objec­tif la car­ac­téri­sa­tion des émis­sions atmo­sphériques et de leur impact san­i­taire, notam­ment grâce à l’étude des émis­sions biologiques, chim­iques et odor­antes. Elle est accom­pa­g­née par Jean-François Després, ingénieur et doc­teur en chimie physique, prési­dent de la société Olen­ti­ca, du Lab­o­ra­toire du génie de l’environnement indus­triel (LGEI), qui dépend de l’IMT Mines Alès et de l’équipe CHROME, uni­ver­sité de Nîmes. Notre étude du jour con­sacrée à ce pro­jet con­siste à déter­min­er en quoi cette ini­tia­tive a voca­tion à per­me­t­tre de pro­fes­sion­nalis­er la fil­ière. Il s’agit là d’une avant-pre­mière dont le résul­tat défini­tif ont été dif­fusé aux alen­tours de fin 2019 !
 
Car­ac­téri­sa­tion du pro­jet EMAMET & multidisciplinarité
 
Trois types de pol­lu­tions poten­tielles sont étudiées et notre analyse con­sis­tera à présen­ter l’intervention con­jointe de Jean-François Després, d’Olentica, et du LGEI, quant à lui représen­té par San­drine Bayle, Stéphane Car­i­ou (IMT Mines Alès), doc­teur en chimie ana­ly­tique, Jean-Louis Fan­lo (IMT Mines Alès), doc­teur en génie des procédés, ain­si que par Axelle Cadière (de l’équipe CHROME, uni­ver­sité de Nîmes). Ce con­sor­tium com­posé de trois équipes dis­tinctes a donc œuvré à la qual­i­fi­ca­tion de la pol­lu­tion rel­a­tive à la bio­masse. Trois prob­lé­ma­tiques ont donc été explorées :
 
•Peut-on définir des traceurs spé­ci­fiques de l’activité (biologiques, chim­iques) qui per­me­t­traient de suiv­re la zone impactée par l’activité de méthanisation ?
 
•Peut-on éval­uer l’étendue de la zone d’influence poten­tielle des émis­sions de ces instal­la­tions sur le voisi­nage et véri­fi­er la qual­ité de ces prévi­sions en effec­tu­ant des mesures dans l’environnement proche de l’installation ?
 
•Peut-on éval­uer le risque san­i­taire lié à cette activ­ité « émergente » ?
 
Pour ce faire, trois sites totale­ment opéra­tionnels et sans anom­alie con­nue ont été inves­tigués de manière quan­ti­ta­tive et qual­i­ta­tive : une ferme en groupe­ment agri­cole, une instal­la­tion en ter­ri­to­r­i­al (en d’autres ter­mes dif­férents déchets provenant d’une même région, allant des déchets agri­coles aux boues de sta­tion d’épuration), ain­si qu’une sta­tion d’épuration. Les vol­umes de pro­duc­tion de biogaz vont de 691 709 mètres cubes à plus de 6 mil­lions et les déchets util­isés vari­ent (fumi­er, lisi­er, déchets agroal­i­men­taires ou encore boues d’épuration).
 
Chaque année, des appels à pro­jets sont pub­liés par l’ADEME con­cer­nant la ges­tion des déchets. En effet, le besoin de mieux car­ac­téris­er l’impact envi­ron­nemen­tal des activ­ités liées aux déchets est une ques­tion ô com­bi­en d’actualité. Le LGEI dis­posant de com­pé­tences rel­a­tives aux com­posés chim­iques et biologiques, avec une spé­cial­i­sa­tion sur les déchets et la fil­ière méthani­sa­tion répon­dant aux critères du pro­jet de l’ADEME, c’est tout naturelle­ment que l’étude s’est ori­en­tée sur cette activ­ité, qui plus est en plein essor. Il lui a ensuite fal­lu déter­min­er quelle pol­lu­tion serait la plus per­ti­nente à étudi­er et c’est en se dirigeant vers la piste de la pol­lu­tion de l’air que l’entente s’est cristallisée avec Olentica.
 
Olen­ti­ca & l’IMT Mines Alès
 
Olen­ti­ca, créée en 2011 et des­tinée à créer un pont entre le « ter­rain » (les indus­tries ICPE – instal­la­tions classées pour la pro­tec­tion de l’environnement – et toutes celles qui sont sources d’émissions dans l’atmosphère), ses besoins et les lab­o­ra­toires de recherche et développe­ment de l’IMT Mines Alès, peut con­duire du début à la fin les études sur mesure com­mandées en France, comme à l’étranger, asso­ciées aux com­posés organiques volatils (COV) et aux odeurs.
 
Accept­abil­ité des pro­jets & nui­sances olfactives
 
L’objectif final du pro­jet sur lequel tra­vail­lent dix per­son­nes est donc de car­ac­téris­er l’impact san­i­taire des unités de méthani­sa­tion. « Nous avons souhaité un pro­jet pour lequel nous pou­vions garder la main sur l’ensemble des paramètres, du début à la fin : repérages sur site, prélève­ments, analy­ses, sim­u­la­tions, etc. Nous ne nous limi­tons pas à faire de l’analyse puisque nous effec­tuons aus­si les inter­pré­ta­tions et sim­u­la­tions d’impact et assurons égale­ment le tra­vail sur le ter­rain », nous explique Jean-François Després.
 
Ain­si, le tra­vail du LGEI est axé sur la qual­ité de l’air, mais l’aspect relatif aux nui­sances olfac­tives et à leur traite­ment incombe à Olen­ti­ca. Au fur et mesure de l’avancement du pro­jet, Jean-François Després et ses équipes ont évidem­ment ren­con­tré le prob­lème de l’acceptabilité des pro­jets, avec une inter­ro­ga­tion récur­rente : « Serons-nous impactés si une unité de méthani­sa­tion s’installe près de chez nous ? »
 
Il ressort que, très sou­vent, lorsque l’on abor­de la méthani­sa­tion, aucune odeur ou nui­sance n’est à not­er puisqu’elle a lieu en anaéro­bie, donc sans oxygène et dans un envi­ron­nement her­mé­tique. Or des nui­sances sont ren­con­trées en amont, dues à l’acheminement des biodéchets et à leur stock­age, mais aus­si en aval, avec les diges­tats générés. Pour com­pren­dre cette prob­lé­ma­tique, Jean-François Després a donc dû s’attacher à exam­in­er et définir pour cha­cun des sites les endroits ou postes sus­cep­ti­bles de pro­duire des nui­sances. Le même procédé a été appliqué pour la par­tie chimie/odeur, où des échan­til­lons sim­i­laires ont été relevés. « Nous n’avons donc pas souhaité nous lim­iter aux méthaniseurs, mais à l’ensemble de l’activité » nous confirme-t-il.
 
Pro­fes­sion­nal­i­sa­tion de la fil­ière & accept­abil­ité socié­tale des projets
 
Glob­ale­ment, ce sont surtout les activ­ités de mélange qui entraî­nent d’importantes émis­sions. Con­traire­ment aux idées reçues, ce n’est pas néces­saire­ment l’installation de méthani­sa­tion drainant la plus grande quan­tité de déchets qui provo­quera le plus de nui­sances. En toute logique, si de bonnes pra­tiques sont déjà employées sur le site con­cerné, les nui­sances seront intrin­sèque­ment limitées.
 
Nos équipes du mag­a­zine Biogaz avaient déjà pu le con­stater lors de vis­ites organ­isées par Biogaz Val­lée notam­ment et San­drine Bayle nous le con­firme : « Il faut que l’ensemble de la fil­ière de la méthani­sa­tion prenne en compte le fac­teur nui­sance, qui peut très sou­vent déter­min­er le devenir des pro­jets. Plus vous lim­itez les odeurs, moins les lev­ées de boucliers poten­tielles seront impor­tantes. Très con­crète­ment, la sta­tion d’épuration ne va pas génér­er davan­tage de nui­sances puisque le prob­lème a déjà été anticipé dans la con­cep­tion même de l’activité. Sur les autres sites la con­sid­éra­tion de la nui­sance olfac­tive n’est pas encore une habi­tude. Il faut donc un véri­ta­ble accom­pa­g­ne­ment des por­teurs de projets. »
 
Les deux spé­cial­istes ont donc mis le doigt sur un point impor­tant : la pro­fes­sion­nal­i­sa­tion de la fil­ière. Les études approchant l’impact san­i­taire sont, à ce jour, mal­heureuse­ment trop lim­itées. Les ques­tion­nements  con­cer­nant la microflo­re de l’air en sont aux bal­bu­tiements ce qui entraine notam­ment quan­tité de prob­lèmes liés aux prélève­ments bac­téri­ologiques dans l’air et en dit long sur le chemin qu’il reste à par­courir… Bien que la tech­nolo­gie soit mature, elle n’en est à qu’à ses bal­bu­tiements en France. Les cas aux­quels Jean-François Després a été con­fron­té lui évo­quent les bal­bu­tiements du com­postage, vingt ans en arrière ! Tout reste à faire, mais n’est-ce pas en cela que réside le charme de notre filière ? !

À propos de l'auteur

Biogaz Magazine

Biogaz Magazine

Par la rédaction de Biogaz Magazine.
Créé en 2018, le média professionnel Biogaz Magazine est rapidement devenu un support d’information et de communication de référence, consacré à l’innovation technologique et au développement de la filière biogaz, mais aussi de l’ensemble des valorisations énergétiques : pyrogazéification, méthanation, power to gas

À destination des acteurs économiques et industriels du secteur, du monde agricole et des pouvoirs publics (ministères, collectivités territoriales, etc.) Biogaz Magazine, membre du cluster Biogaz Vallée, est partenaire des principaux événements professionnels en France et en Europe, ainsi que des principales fédérations et organisations du secteur. La revue permet ainsi à ses annonceurs de bénéficier d'une surface de diffusion large et unique auprès d’un public cible constitué d’acteurs et de décideurs de la filière, mais également du relais nécessaire auprès des décideurs politiques, économiques et des ministères concernés.

Bienvenue sur Innovation24.news,
le portail d'information dédié à l'innovation et au développement durable des publications de Consilde Media Group. Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions environnementales et publiés dans nos différents magazines.